Un mot sur Dédé et Roger

Publié le par Taïké Eilée

Article écrit le 11 septembre 2006

L'US Open 2006 restera dans les annales à double titre. Il marque, en premier lieu, la fin de carrière du joueur le plus charismatique et le plus aimé du circuit de ces 20 dernières années ; j'ai nommé André Agassi. Il fait, en second lieu, franchir à Roger Federer, le numéro 1 mondial, un cap décisif dans son ascension vers le titre honorifique de plus grand joueur de tous les temps.

Qui aurait parié un dollar sur André Agassi à la fin des années 80 ? Qui pouvait prévoir qu'il se construirait, au terme d'une carrière de plus de 20 ans, l'un des plus impressionnants palmarès de l'histoire du tennis ? Bien peu d'observateurs, pour dire la vérité. Le "Kid de Las Vegas" était alors essentiellement une attraction, avec sa longue crinière blonde sur la tête, ses shorts en jean et ses polos bariolés. On lui reconnaissait, certes, du talent, mais le scepticisme était tout de même de rigueur. Deux finales perdues contre toute attente à Roland-Garros, en 1990 et 1991, d'abord face au terne Equatorien Gomes, puis face à son cogneur de compatriote, Jim Courier, semblaient le destiner à demeurer un bel espoir du tennis, mais finalement un "looser".

Sa victoire surprise dès l'année suivante, en 1992, à Wimbledon, face au croate Goran Ivanisevic, lui évita de douter trop longtemps, et le mit définitivement sur la voie du succès. Sept autres titres du Grand Chelem suivront, sur toutes les surfaces. Agassi devient le premier joueur de l'ère moderne du tennis à remporter les 4 tournois majeurs. Un obstacle de taille s'est toutefois bien souvent invité sur le parcours de Dédé, qui lui a empêché de devenir le Maître du jeu ; un obstacle qui avait pour nom Pete Sampras. Durant l'essentiel de sa carrière, Agassi aura dû se contenter de la deuxième place, derrière son éternel rival, l'homme aux 14 Grand Chelem. Ces deux-là ont archi-dominé le milieu des années 90, et nous auront offert quelques-uns des plus grands matchs de l'histoire de ce sport, comme, dix ans plus tôt, Ivan Lendl et John McEnroe.

Roger Federer, en remportant son troisième US Open consécutif, a du même coup remporté son 9e titre du Grand Chelem. Le cap est franchi : le voici objectivement au-dessus des légendes que furent Jimmy Connors, Ivan Lendl et André Agassi, tous vainqueurs de 8 Grand Chelem. Il avait déjà dépassé cette année, avec ses victoires à l'Open d'Australie et à Wimbledon, John McEnroe et Mats Wilander, 7 Grand Chelem, et bien sûr Boris Becker et Stefan Edberg, détenteurs de 6 titres. Rejoindre Bjorn Borg et ses 11 titres devrait être une formalité, qu'il devrait remplir dès l'année prochaine. En ligne de mire, il a déjà Pete Sampras et son record absolu de 14 Grand Chelem. Nul ne doute que le prochain record sera pour le Suisse.

De là à dire que Federer est le plus grand joueur de tous les temps, il n'y a qu'un pas, facile à faire, mais peut-être abusif. Certes, en valeur absolue, il l'est. La plupart des joueurs du circuit ayant eu la (mal)chance de jouer les deux Grands, Sampras et Federer, s'accordent pour dire que le Suisse a un jeu encore un peu plus parfait que celui de l'Américain. Agassi lui-même a déclaré que, s'il avait trouvé la parade face à Sampras (même si elle ne marchait pas à tous les coups), il ne l'a jamais trouvé contre Federer, qui semble réellement, lorsqu'il est à son top niveau, imbattable.

Cela dit, on peut s'interroger sur la qualité de la concurrence qui se dresse face à Roger Federer. Elle ne semble pas franchement équivalente à celle que rencontra Sampras. Face à ce dernier, on trouvait bien sûr Agassi, mais aussi Becker, Chang, Kafelnikov... ou encore Rafter, Ivanisevic, Stich, Courier, Muster, Bruguera, Moya, etc. Bref, pas mal de très grosses pointures. La résistance face à Federer semble inexistante ; seul Nadal sur terre battue constitue un vrai rival et même le surpasse. Pour le reste, potentiellement, les deux meilleurs joueurs sont Roddick et Safin, mais tous deux (surtout le Russe) sont trop irréguliers. Hewitt, dans ses meilleurs jours, est un valeureux faire-valoir. Bref, tout cela est bien léger...

Dans les deux cas, on reste loin de la densité que connurent les années 80, sans doute la plus belle période pour le tennis, truffée de joueurs vraiment charismatiques : Connors, McEnroe, Lendl, Wilander, Edberg, Becker... Pat Cash, Noah, Mecir... Il est évident que dominer au milieu de tant de champions est une autre paire de manches que le faire dans un quasi désert. C'est pourquoi les 8 Grand Chelem d'Ivan Lendl (sur 19 finales ! RECORD ABSOLU*) me paraissent une performance au moins aussi remarquable que les futurs records de Federer.

* 19 finales pour Lendl, 18 pour Sampras, 16 pour Borg... 10 pour Federer à ce jour (soit un taux de réussite en finale assez exceptionnel : 90 % !!).

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