4. Des mensonges officiels
Les autorités américaines ont, semble-t-il, menti sur deux principaux points. D'abord, elles ont affirmé qu'elles ne s'attendaient pas aux attentats du 11 septembre et, en particulier, à leur mode opératoire : l'utilisation d'avions de ligne comme missiles. Ensuite, elles ont soutenu ne pas avoir eu connaissance des futurs terroristes, à l'exception de deux d'entre eux, avant les attentats.
"No specific threat"
Comme base de travail, nous pouvons nous servir de la conférence de presse donnée par Condoleezza Rice le 16 mai 2002 à la Maison Blanche, et dont le sujet était : "U.S. INTELLIGENCE PRIOR TO THE TERRORIST ATTACKS ON SEPTEMBER 11, 2001". Vous pouvez la visionner et aussi la lire en intégralité ici. Durant toute cette conférence de presse, face à des journalistes qui reviennent constamment à la charge, la Secrétaire d'Etat n'a cessé de répéter le même message :
Nous savions que des attaques d'Al-Qaida étaient en préparation contre les intérêts américains ("there was specific threat reporting about al Qaeda attacks against U.S. targets or interests that might be in the works... There was a clear concern that something was up, that something was coming") ; mais nous imaginions qu'elles auraient lieu ailleurs que sur le sol américain ("But it was principally focused overseas."). Nous savions que des groupes terroristes, comme Al-Qaida, étaient mécontents de ce qui se passe au Moyen-Orient, et nous savions que ces groupes pourraient tenter un détournement d'avion classique, pour demander la libération d'un des leurs ("hijacking in the traditional sense, and in a sense said that the most important and most likely thing was that they would take over an airliner holding passengers and demand the release of one of their operatives") ; mais nos informations restaient très générales, ne spécifiant ni lieu, ni date, ni méthode d'attaque ("I've emphasized that this was the most generalized kind of information. There was no time, there was no place, there was no method of attack.") ; ce pourquoi nous n'avons pas alerté le peuple américain de ces risques. Enfin, il nous était impossible d'imaginer que des avions de ligne seraient détournés pour être projetés contre des bâtiments ("I don't think anybody could have predicted that these people would take an airplane and slam it into the World Trade Center, take another one and slam it into the Pentagon, that they would try to use an airplane as a missile, a hijacked airplane as a missile.").
La version de Rice est confirmée par les principaux représentants de l'autorité américaine : Dick Cheney, George W. Bush, Robert Mueller (le directeur du FBI), Ari Fleischer (le porte-parole de la Maison Blanche)... Or, cette version est fausse. Rendez-vous sur l'excellent documentaire 9/11 Press For Truth, à partir de la minute 31'30, pour voir ces mensonges démontés. Vous pouvez également lire différentes chronologies qui ont été établies sur le 11 septembre, et qui suggèrent assez clairement une connaissance préalable des attentats - et de ce type d'attentats - par les autorités américaines : la chronologie exhaustive de Paul Thompson (tout son site, avec des tas de chronologies qui permettent de lire l'événement du 11 septembre sous quasiment tous les angles, constitue une mine exceptionnelle) ; ou celles, plus limitées et orientées, de Peter Franssen et Michael C. Ruppert.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que les avertissements étaient très nombreux et non moins précis. Ainsi, dès 1999, les services de renseignement britanniques mettent en garde leurs homologues américains : Al-Qaida a l'intention "d'utiliser des avions de ligne de façon non conventionnelle, peut-être comme des bombes volantes", pour les crasher dans des buildings (Sunday Times, 9 juin 2002). En juin 2001, deux services de renseignement allemands indiquent à la CIA, mais aussi aux services secrets britanniques et israéliens que des terroristes du Moyen-Orient projettent d'utiliser des avions détournés pour attaquer "des symboles américains et israéliens très forts" (Frankfurter Allgemeine Zeitung, 11 septembre 2001). Le 16 juillet, les services secrets britanniques renchérissent : Al-Qaida se trouve en "phase préparatoire ultime" d'un gigantesque projet terroriste (London Times, 14 juin 2002). A la fin du mois de juillet, Wakil Ahmed Muttawakil, le ministre taliban des Affaires étrangères, fait savoir aux Etats-Unis et aux Nations Unies qu'Al-Qaida projette "une énorme attaque sur le sol américain" (The Independent, 7 septembre 2002). Au début du mois d'août, un agent secret marocain infiltré au sein d'Al-Qaida informe ses supérieurs que l'organisation de Ben Laden prépare "des opérations de grande envergure à New York dans l'été ou l'automne 2001", et qu'elles devraient toucher les deux tours du WTC. Le Maroc transmet cette information à Washington (AFP, 22 novembre 2001). Le 23 août, le Mossad livre à la CIA une liste comportant 19 noms de terroristes vivant aux Etats-Unis, et qui semblent se préparer pour une attaque imminente. On connaît quatre de ces noms : Nawaf Alhazmi, Khalid Almihdhar, Marwan Alshehhi et Mohamed Atta ; ce sont quatre des pirates de l'air du 11 septembre (Die Zeit, 2 octobre 2002, Der Spiegel, 1er octobre 2002). Ce n'est là qu'un petit échantillon des avertissements reçus par les Etats-Unis.
Une dizaine de pays ont donc, plusieurs mois avant le 11 septembre, transmis aux autorités américaines les informations suivantes : le nom de l'organisation qui préparait les attentats, les noms de certains des pirates de l'air, la période durant laquelle les attentats allaient avoir lieu, la méthode qui allait être employée, et même certaines cibles. "No specific threat", nous ont pourtant dit tous les officiels américains. C'est vrai : il leur manquait le jour précis et l'heure...
C'est exactement le jugement que porte, avec ironie, la désormais célèbre Sibel Edmonds (dans un article de The Independent, daté du 2 avril 2004) : "President Bush said they had no specific information about 11 September and that is accurate but only because he said 11 September... There was, however, general information about the use of airplanes and that an attack was just months away." Sibel Edmonds est une ancienne traductrice du FBI, qui fut chargée de traduire, au lendemain du 11 septembre, des documents liés aux attentats. Dès mars 2002, elle était renvoyée, après avoir signalé à ses supérieurs certains faits graves : elle avait, en effet, découvert, dans les documents qu'elle avait eus entre les mains, que d'importantes personnalités au FBI et dans l'administration Bush étaient au courant, plusieurs mois avant le 11 septembre, qu'une attaque terroriste de grande ampleur, organisée par Al-Qaida, aurait lieu sur le territoire américain, et impliquerait des avions. Peu après son renvoi, Edmonds fit l'objet d'un "gag order", une mesure exceptionnelle l'assignant au silence, lui interdisant de révéler la teneur exacte des faits qu'elle reprochait et de documenter ses propos. Le 11 février 2004, elle est allée témoigner devant la Commission sur le 11 septembre. Le rapport final de la Commission, paru le 22 juillet 2004, et gros de 567 pages, n'a pas retenu son témoignage (le nom de Sibel Edmonds n'apparaît qu'une seule fois, dans une ridicule note de bas de page). Alors, le 1er août 2004, elle décide d'écrire une lettre au Président de la Commission, Thomas Kean. Dans cette longue lettre, nous pouvons lire, notamment, qu'en avril 2001, un informateur du FBI transmit à l'agence les informations suivantes : "1) Osama Bin Laden was planning a major terrorist attack in the United States targeting 4-5 major cities, 2) the attack was going to involve airplanes, 3) some of the individuals in charge of carrying out this attack were already in place in the United States, 4) the attack was going to be carried out soon, in a few months." Sibel Edmonds ne reçut aucune réponse de la part de Thomas Kean.
La grande presse américaine a parfois pris acte du mensonge officiel, comme dans cet article du Wall Street Journal, daté du 19 septembre 2002, et qui s'ouvre sur ces mots : "Intelligence agencies were aware of numerous threats that terrorists might use airplanes as weapons against the U.S., despite government claims following Sept. 11 that the World Trade Center and Pentagon attacks came like bolts from the blue." En dépit des informations qui s'accumulent et qui prouvent que les autorités américaines savaient qu'un attentat d'envergure allait avoir lieu sur leur sol, avec l'utilisation d'avions de ligne comme armes pour attaquer des bâtiments symboliques, celles-ci continuent de nier l'évidence et campent fermement sur leurs positions. C'est le cas de l'intraitable docteur Rice, qui, dans un article qu'elle a signé le 22 mars 2004 dans le Washington Post, écrivait : "Despite what some have suggested, we received no intelligence that terrorists were preparing to attack the homeland using airplanes as missiles, though some analysts speculated that terrorists might hijack airplanes to try to free U.S.-held terrorists." Effarant.
Rice a maintes fois répété que personne ne pouvait imaginer, avant le 11 septembre, que des avions de ligne puissent être utilisés comme des missiles pour frapper des immeubles. A l'en croire, le scénario du 11 septembre était proprement inconcevable. Admettons l'impossible : faisons comme si Rice n'avait pas eu connaissance des innombrables avertissements étrangers qui laissaient assez précisément imaginer le scénario du 11 septembre. Rice ne peut pas, en revanche, ignorer le scénario complet de l'Opération Bojinka, qui préfigure exactement celui du 11 septembre. L'Opération Bojinka est un projet terroriste d'attentats-suicides, qui était déjà financé par Oussama Ben Laden, planifié par Khalid Shaikh Mohammed (le cerveau présumé des attentats du 11 septembre) et Ramzi Youssef (l'un des principaux responsables du premier attentat contre le WTC en 1993), et qui a été déjoué in extemis en 1995 par la police de Manille. Ce projet prévoyait, en guise de préambule, l'assassinat du pape Jean-Paul II, lors de sa visite aux Philippines. Le projet Bojinka proprement dit comportait deux phases. La première consistait à faire exploser simultanément en plein vol, au-dessus de l'océan Pacifique, 11 ou 12 avions de ligne à destination des Etats-Unis. La deuxième phase consistait à détourner une douzaine d'avions pour les projeter contre des bâtiments américains emblématiques ; étaient notamment cités : le quartier général de la CIA, la Sears Tower à Chicago, le Pentagone, le Capitole, la Maison Blanche, la Transamerica Tower à San Francisco, une centrale nucléaire, et le World Trade Center. D'après le quotidien allemand Die Welt, daté du 7 décembre 2001, "le "Projet Bojinka" était connu jusqu'au détail des deux grandes agences de sécurité des Etats-unis, le FBI et la CIA", mais aussi "des services de renseignement allemand (BND)."
L'idée que le World Trade Center puisse servir de cible pour un crash d'avion terroriste était même déjà dans l'air... en 1993 ! Suite au premier attentat, qui avait eu lieu cette année, il fut demandé à la société Kroll Associates de concevoir de nouvelles mesures de sécurité pour le complexe du WTC. Le Vice-Président de Kroll, Brian Michael Jenkins, mena cette étude, et imagina notamment à quoi pourraient ressembler les futures menaces terroristes. Et, devinez quoi... il émit cette idée, pourtant inconcevable pour Madame Rice avant le 11 septembre, selon laquelle des terroristes pourraient délibérément envoyer un avion de ligne se fracasser dans les tours du WTC : "The possibility, albeit remote, of terrorists deliberately crashing a plane into the towers was even included in the spectrum of possible threats." (voir ce document, page 11)
Le mensonge des officiels américains est donc avéré : le scénario du 11 septembre avait été imaginé, certes très vaguement, dès 1993 par Brian Michael Jenkins ; élaboré avec précision et sur le point d'être mis en oeuvre par Al-Qaida en 1995, avec l'Opération Bojinka ; et enfin annoncé, par bribes, aux services de renseignement américains, par différents informateurs du monde entier, principalement durant l'été 2001.
Des terroristes inconnus ?
Mais il y a peut-être encore plus grave. Car si le scénario des attentats n'était pas étranger aux services de renseignement américains avant le 11 septembre, il semble bien que, contrairement à ce qu'on nous a dit, un certain nombre des kamikazes ne leur étaient pas étrangers non plus. Si l'on en croit le Chicago Tribune du 13 décembre 2001, seuls deux des kamikazes avaient suscité l'attention de la CIA et du FBI avant le 11 septembre : "The only hijackers to have come to the FBI's attention before Sept. 11, according to a well-placed source, were Khalid Almihdhar and Nawaf Alhazmi, whom the Central Intelligence Agency learned had met in Malaysia with two Al Qaeda operatives later involved in the suicide bombing of the destroyer USS Cole in Yemen." Leur identification par la CIA comme membres d'Al-Qaida avait eu lieu dès janvier 2000 (voir ici), mais n'avait été portée à la connaissance du FBI qu'au printemps 2001 (The New York Times, 9 août 2005).
L'information de cette double identification est corroborée, à une nuance près, par Newsweek, dans un article du 20 septembre 2001 : "U.S. officials say that at least three of the hijackers—al Midhar, his associate aboard the Pentagon flight, Nawaf al Hamzi, and Mohammed Atta, who was on American Airlines flight 77—had been known as associates of Islamic terrorists well before last Tuesday’s attacks." Mohamed Atta ? Lui aussi identifié ? Ce n'est pourtant pas la version qu'a finalement retenue la Commission sur le 11 septembre. Selon elle, le chef des pirates de l'air avait été ignoré des services de renseignement américains jusqu'au 11 septembre ; c'est ce que nous rappellait encore le New York Times dans un article du 23 août 2005 : "In its final report last year, the Sept. 11 commission said that American intelligence agencies were unaware of Mr. Atta until the day of the attacks."
Cette version des faits a volé en éclats depuis la révélation, le 19 juin 2005 dans The Times Herald, de l'existence d'une unité de renseignement militaire qui avait, selon toute vraisemblance, repéré Atta, ainsi que trois autres des futurs pirates de l'air (Marwan Alshehhi, ainsi que les déjà reconnus Khalid Almihdhar et Nawaf Alhazmi), plus d'un an avant le 11 septembre ! Les quatre hommes avaient été identifiés comme des membres d'Al-Qaida oeuvrant aux Etats-Unis, dans la cellule dite "de Brooklyn". Alors que, répétons-le : "Neither Mr. Shehhi nor Mr. Atta was identified by the American intelligence agencies as a potential threat, the commission report said." (The New York Times, 9 août 2005) L'unité de renseignement qui fit cette découverte était placée sous l'autorité du Commandement des Opérations Spéciales de l'armée des Etats-Unis (SOCOM), et avait pour nom "Able Danger". Un nom qui se trouve aujourd'hui au centre de la polémique outre-Atlantique sur le 11 septembre (retrouvez une présentation vidéo de cette affaire dans le très conspirationniste Everybody's Gotta Learn Sometime, à partir de la 22e minute).
L'affaire a été véritablement médiatisée grâce à l'intervention du représentant républicain du Congrès Curt Weldon, le 27 juin 2005, devant la Chambre des Représentants (à lire ici). Weldon tient ses informations - comme il le sera révélé un peu plus tard - du Lieutenant-Colonel Anthony Shaffer, qui prétend avoir été associé à l'unité de renseignement Able Danger. Ces allégations ont été confirmées le 22 août 2005 par Scott Philpott, un Capitaine de la Navy (voir The New York Times, ou Fox News) ; selon ce dernier, "Atta was identified by Able Danger by January-February of 2000" (plus d'un an et demi avant les attentats). Et le 27 août 2005, c'était au tour d'une troisième source, J.D. Smith - qui prétend avoir travaillé sur l'aspect technique de l'opération Able Danger -, de confirmer cette incroyable histoire : "I am absolutely positive that he [Atta] was on our chart among other pictures and ties that we were doing mainly based upon [terror] cells in New York City" (Fox News).
L'unité Able Danger a donc identifié certains des pirates de l'air bien avant le 11 septembre ; mais ce n'est pas tout : car Curt Weldon livra encore, dès sa première intervention le 27 juin, ou dans les semaines qui suivirent, trois autres informations fort problématiques :
Premièrement : suite à leurs découvertes, les membres de l'unité Able Danger avaient recommandé au SOCOM que le FBI soit chargé de démanteler la cellule de Mohamed Atta ; mais les avocats travaillant pour le SOCOM leur avaient rétorqué que ces informations ne pouvaient pas être partagées avec le FBI. Motifs invoqués : Atta et ses complices étaient aux Etats-Unis en règle, bénéficiant d'une "green card" ; de plus, on craignait de revivre, avec l'intervention du FBI, le carnage qui avait suivi, en 1993, le siège de Waco.
Deuxièmement : le Lieutenant-Colonel Anthony Shaffer a témoigné devant la Commission sur le 11 septembre au sujet de l'unité Able Danger (il aurait même informé personnellement Zelikow, son directeur exécutif, en octobre 2003) ; mais la Commission, dans son rapport final, ignora ce témoignage. A en croire pourtant sa propre déclaration d'intention, son but était : "to provide the fullest possible account of the events surrounding 9/11"... Pourquoi avoir donc passé sous silence le témoignage de Shaffer ? Thomas Kean et Lee H. Hamilton, respectivement Président et Vice-Président de la Commission, ont répondu le 12 août 2005 à cette critique, en disant qu'ils avaient demandé au Ministère de la Défense des informations concernant Able Danger, mais que rien dans les documents qu'on leur avait fournis n'indiquait une quelconque identification de Mohamed Atta ou d'autres terroristes...
Troisièmement : Curt Weldon déclara devant la Commission Judiciaire du Sénat, le 21 septembre 2005, que 2,5 téraoctets de données sur Able Danger avaient été détruits à l'initiative d'avocats du Pentagone (pour information, 2,5 téraoctets de données équivalent environ au quart des documents imprimés que renferme la bibliothèque du Congrès américain...). Le témoignage de Weldon ne tarda pas à trouver confirmation. De la part de celui-là même qui avait opéré cette destruction. En effet, le Commandant Eric Kleinsmith affirma à son tour sous serment qu'il reçut, de la part du Général Tony Gentry, l'ordre de détruire les informations concernant Able Danger. Il précise avoir exécuté l'ordre entre mai et juin 2000 (voir ici ou là).
Ce n'est pas sans ironie que Curt Weldon put déclarer, suite à toutes ses révélations : "In two weeks with two staffers, I've uncovered more in this regard than they did with 80 staffers and $15 million of taxpayer money." A ce jour pourtant, les autorités américaines n'ont jamais reconnu les témoignages de Weldon, Shaffer, Philpott et Smith. Le 14 février 2006, Weldon revenait, certes, à l'assaut, affirmant que certaines données concernant Able Danger avaient pu être retrouvées (ici). Mais, le 22 septembre 2006, il devait recevoir le coup de grâce en lisant le Washington Post ; un article annonçait le "verdict" du Ministère de la Défense sur toute cette affaire : "The Defense Department's inspector general has concluded that a top secret intelligence-gathering program did not identify Mohamed Atta or any other hijacker before the Sept. 11, 2001, attacks, determining that there is no evidence to substantiate claims that Atta's name and photograph were on charts collected by military officials before the strikes." Affaire classée ? En tout cas, Weldon a fait savoir qu'il rejetait les conclusions du rapport du Ministère de la Défense.
Mais, d'ailleurs, pourquoi se focaliser sur Able Danger ? Parce que c'est cette unité qui aurait, pour la toute première fois, identifié certains des pirates de l'air avant le 11 septembre ? Il semble bien que ce ne soit même pas le cas ; car Atta et certains de ses complices avaient été identifiés dès... 1998 ! Par les services de renseignement allemands. Ceux-ci surveillèrent, en effet, dès novembre 1998, une cellule d'Al-Qaida basée à Hambourg, qui comptait, parmi ses membres, Mohamed Atta et Marwan Alshehhi. Il semble même que la CIA se mit à filer Atta à Hambourg dès janvier 2000, sans en avertir les Allemands (voir ici et là). Voici ce qu'on pouvait lire à ce sujet dans The Observer le 30 septembre 2001 : "Atta was not unknown to the authorities. Indeed he was under surveillance between January and May last year after he was reportedly observed buying large quantities of chemicals in Frankfurt, apparently for the production of explosives and for biological warfare. The US agents reported to have trailed Atta are said to have failed to inform the German authorities about their investigation. The disclosure that Atta was being trailed by police long before 11 September raises the question why the attacks could not have been prevented with the mens' arrest."
Et ce n'est pas fini. Dernières révélations en date, celles de l'hebdomadaire allemand Stern ; d'abord, le 14 août 2003 : on y apprenait alors que Marwan Alshehhi était en fait suivi par la CIA dès mars 1999 ! Les services secrets allemands avaient, à cette époque, averti leurs homologues américains des liens étroits qui unissaient le jeune étudiant à un certain Mohammed Haydar Zammar, membre éminent du réseau Al-Qaida en Allemagne. Ils leur avaient communiqué de nombreuses informations sur Alshehhi, y compris son numéro de téléphone portable... Il semble que la CIA n’ait jamais communiqué ces informations au FBI. Ce qui permit à Alshehhi de se rendre tranquillement aux Etats-Unis, en mai 2000, pour y prendre des leçons de pilotage (voir ici, là ou là).
Enfin, le 20 août 2003, le magazine Stern nous apprenait cette fois-ci que la CIA surveillait, dès janvier 2000, Ziad Jarrah, autre membre de la cellule de Hambourg, et futur kamikaze (à lire ici, là ou là). Une information à mettre en perspective avec cette autre information, révélée par le Chicago Tribune du 13 décembre 2001, et qui laisse songeur : Jarrah avait déjà été arrêté et interrogé aux Emirats arabes unis, plus de sept mois avant le 11 septembre, à la demande des Etats-Unis (probablement de la CIA), en raison de ses liens avec le terrorisme. Au cours de l'interrogatoire, Jarrah avait révélé avoir passé les "deux mois et cinq jours" passés au Pakistan et en Afghanistan, et indiqué qu'il s'apprêtait à retourner en Floride, où il avait déjà vécu et pris des cours de pilotage durant plus de six mois. Le FBI, pour sa part, avouera après les attentats n'avoir jamais été mis au courant qu'une autre agence de renseignement américaine suspectait Jarrah d'être lié à des organisations terroristes, pas plus qu'elle ne sut que Jarrah s'était rendu en Afghanistan.
Récapitulons : si l'on en croit les sources officieuses (qui contredisent la version officielle), en mars 1999, la CIA commence à filer Marwan Alshehhi. En janvier 2000, elle se met à surveiller Mohamed Atta, Khalid Almihdar, Nawaf Alhazmi, et Ziad Jarrah. Selon Peter Franssen, ces cinq personnages étaient les chefs de groupes des 19 pirates. Parmi eux, on retrouve, en outre, trois des quatre pilotes du 11 septembre : Atta (Vol 11, crashé sur la Tour Nord du WTC), Alshehhi (Vol 175, crashé sur la Tour Sud du WTC) et Jarrah (Vol 93) - Hanjour étant le quatrième (Vol 77, crashé sur le Pentagone). Tous ces bonshommes, identifiés comme des membres d'Al-Qaida, prennent des cours de pilotage aux Etats-Unis, sous leurs vrais noms. Al-Qaida qui, on s'en souvient, projeta d'exécuter, en 1995, l'épouvantable opération Bojinka, consistant, dans sa seconde phase, à détourner des avions de ligne pour les crasher contre des buildings américains... Du 15 janvier au mois d'août 2000, Alhazmi et Almihdhar vivent à San Diego ; ils y achètent une voiture d'occasion, ouvrent des comptes bancaires, demandent un raccordement téléphonique, disposent d'un numéro de sécurité sociale... à leurs vrais noms. En 2001, Alhazmi et Jarrah, terroristes-déjà-identifiés, sont arrêtés pour excès de vitesse ; mais leurs noms ne figurent bizarrement pas sur la liste des personnes recherchées... Les futurs kamikazes pourront acheter tranquillement leurs billets d'avion pour le 11 septembre, encore une fois sous leurs vrais noms.
Si l'on met en perspective ces informations avec ce que nous avons déjà dit, à savoir que les services de renseignement américains avaient manifestement identifié, quelques mois avant le 11 septembre, une menace terroriste imminente et de très grande ampleur, consistant pour Al-Qaida à détourner des avions de ligne pour les crasher contre des bâtiments symboliques sur le sol américain, pouvant inclure le World Trade Center... on a de quoi rester perplexe. On sait que les autorités américaines ont plaidé l'incompétence, ou du moins une mauvaise coopération entre les différentes agences de renseignement, un manque d'échanges d'informations entre elles ; si l'on admet ce que nous révèlent les sources officieuses, la quantité d'informations était telle, avant le 11 septembre, au sujet de ces attentats et aussi de ceux qui pouvaient les perpétrer, qu'il faut supposer un niveau de dysfonctionnement dans ces agences qui est assez inouï. Cela n'en reste pas moins possible. Ce qui n'est, néanmoins, pas du tout l'avis de l’ancien procureur fédéral américain au criminel, John Loftus : "The information provided by European intelligence services prior to 9/11 was so extensive that it is no longer possible for either the CIA or FBI to assert a defence of incompetence." (cité dans l'article de Michael Meacher dans The Guardian) La suspicion qui a même gagné récemment, certes pour d'autres raisons, essentiellement techniques et scientifiques, un ancien membre de l'administration Reagan, Paul Craig Roberts...
Petite conclusion générale
La Commission sur le 11 septembre avait pour but : "to provide the fullest possible account of the events surrounding 9/11". Elle a pourtant oublié de mentionner la chute de la tour 7 du WTC ; elle a oublié d'évoquer le possible rôle joué par les "war games" le matin du 11 septembre ; elle a oublié de parler de Mahmoud Ahmad, l'ancien patron de l'ISI, qui a, selon toute vraisemblance, versé 100 000 dollars à Mohamed Atta durant l'été 2001, et qui a donc participé à financer les attentats ; elle a négligé le témoignage de Sibel Edmonds, qui a déclaré avoir vu des documents qui prouvent une connaissance anticipée, au moins partielle, des attentats de la part du FBI et de l'administration Bush ; elle a tu l'opération Able Danger, qui avait, semble-t-il, identifié quatre futurs kamikazes bien avant le 11 septembre ; elle a ignoré le témoignage de Scott Forbes et sa demande pour qu'une enquête soit menée sur la coupure de courant de plus de 26 heures qu'a connu une partie importante de la Tour Sud du WTC 48 heures avant qu'elle ne tombe... Inutile d'aller plus loin. Ces seuls éléments suffisent à montrer que la Commission n'a pas fait son travail, n'a pas répondu au but qu'elle s'était elle-même fixée. Rappelons, en outre, que le NIST n'a pas étudié l'effondrement des tours du World Trade Center, et n'a pas essayé de comprendre d'où pouvait provenir le métal fondu retrouvé dans les ruines, son étude s'étant "focalisée sur l’ordre des événements depuis l’instant où l’avion s’est écrasé jusqu’à l’amorce de l’effondrement de chaque tour", sans prendre en compte "le comportement structurel de la tour après que les conditions de déclenchement de l’effondrement ont été atteintes…". Cela fait tout de même beaucoup de lacunes pour une enquête menée sur un si grand événement, sur un drame si lourd de conséquences.
Question de méthode
Malgré les précautions que j'ai prises en préambule à cette série d'articles, certains auront encore, je le crains, tendance à ranger ma démarche de questionnement dans la longue série des délires conspirationnistes. Car en posant des questions et en mettant sous le nez des internautes des faits, des coïncidences et des mensonges "troublants", j'insinue nécessairement quelque chose, pense-t-on, j'insinue l'implication du gouvernement américain dans les attentats du 11 septembre... Eh bien, non. Je me refuse à insinuer quoi que ce soit, je me refuse à proposer quelque thèse que ce soit, conscient que je n'en suis pas capable. Des soupçons peuvent évidemment s'immiscer dans mon esprit à la considération de tel ou tel élément ; mais je ne pense pas, à ce jour, avoir trouvé un fondement stable à d'éventuelles accusations. J'attends l'avis de gens mieux informés que moi, leur réaction face aux questions (légitimes ou pas, je ne sais) que je soulève, avec beaucoup d'autres.
Je me désolidarise ainsi totalement des vrais "complotistes" qui pullulent sur le Net, et qui prétendent nous révéler la vérité cachée sur le 11 septembre. Je me méfie des "révélations", et des prétendus initiés qui pensent connaître le sens caché du monde.
J'avais plutôt vanté (dans mon précédent article) le film Loose Change, pour la démarche de questionnement (à grande échelle) qu'il avait inaugurée, et pour les nombreuses informations qu'il apportait à un public qui n'avait jamais fait trop de recherches sur le 11 septembre. Cela dit, je réprouve sa méthode. Son montage "branché" et racoleur, ce ton tellement partisan, cette façon de nous poser des questions en nous suggérant immédiatement où se situe la vérité, cette suffisance qui consiste à penser qu'on a déjà tout compris, qu'on connaît le fin mot de l'histoire. Je réprouve l'usage de citations tronquées, amputées d'un contexte qui en change parfois radicalement le sens, ces reprises de rumeurs qui ont pourtant été démenties (comme l'idée selon laquelle le Vol 93 aurait atterri à Cleveland), pour le dire d'un mot, cette manipulation. Nul doute que les auteurs de ce film recherchent sincèrement la vérité, mais leur méthode contestable dessert leur cause. Car, au milieu de tous ces errements, il y a des bribes de vérités, des éléments (semble-t-il) fort valables qui méritent vraiment qu'on s'y arrête. Le principal reproche que je ferai à un film comme Loose Change, au fond, c'est de céder à la tentation de faire du cinéma, du spectacle, en faisant mine de ne faire qu'une enquête journalistique. Bref, le mélange des genres. Loose Change est un film séduisant ; la vérité nue est, en général, moins affriolante.
Des reproches analogues pourraient être adressés à un autre film dont j'avais aussi parlé : Who killed John O'Neill ?. Nous avons là un mélange indistinct de vérités, d'approximations, de raccourcis, et puis d'insinuations, d'hypothèses, ou plutôt de thèses (car elles sont présentées sans aucune prudence), complètement hasardeuses (comme celle, par exemple, selon laquelle Al-Qaida ne serait, en fin de compte, qu'un cartel de drogue...) ; tout ceci habillé par une mise en scène et une musique prenantes, en jouant avec notre désir de savoir, notre envie d'aller au-delà de ce qu'on a bien voulu nous dire, en insinuant des tas de choses, mais en ne prouvant pratiquement rien, en faisant mine de reconstituer un gigantesque puzzle, jusqu'à nous "bourrer le crâne" avec une nouvelle croyance. Tout ce méli-mélo pour nous livrer, une bonne fois pour toutes, la clé de l'énigme. Pour faire taire, une bonne fois pour toutes, toutes les questions, et pouvoir se reposer, enfin, dans la certitude. On fait mine de poser des questions, alors qu'on possède déjà, semble-t-il, sa conclusion. L'empressement et l'obsession de conclure, lorsqu'on recherche la vérité, ne sont pas de bons guides. Cela amène à simplifier à outrance, à déformer, à juger, et, finalement, à faire du cinéma. Et face à un produit aussi séduisant, le spectateur peu averti peut aisément perdre son esprit critique, et gober la "version alternative" qu'on lui aura fourguée dans la caboche, certain de faire à son tour partie de la petite communauté d'initiés qui connaît la vraie vérité que tous les autres s'évertuent à cacher.
Voici, pour finir, un exemple de petit clip "conspirationniste" réalisé sur le crash du Pentagone, et qui utilise les pires méthodes qui soient pour tenter de prouver qu'aucun Boeing n'est tombé là. On sélectionne les seuls témoignages qui confirment notre croyance, on nous indique qu'ils sont oculaires alors qu'ils sont essentiellement auditifs, on dissimule tous les autres témoignages - réellement oculaires - qui la contredisent, et qui sont beaucoup plus nombreux, on tronque des citations pour leur faire dire ce qu'elles ne disent pas lorsqu'elles sont complètes, on joue avec des images peu explicites, on pose au spectateur des questions "troublantes" auxquelles, bien entendu, il ne peut pas répondre, mais qui suggèrent qu'on lui ment, on lui demande, par exemple, ce qui peut bien se cacher sous une grosse bâche bleue que des hommes s'empressent d'emmener ailleurs, alors que d'autres images ont montré qu'il s'agissait d'une des nombreuses tentes bleues qui ont été installées devant le Pentagone à la suite du crash, on démarre le clip avec un discours (semble-t-il) d'Hitler en fond sonore, on saupoudre ensuite tout ça d'un peu de musique des Dust Brothers et de Marilyn Manson, et le tour est joué : toutes les interrogations légitimes soulevées par ailleurs sont discréditées par ce déluge de mauvais procédés.
Quand on voit les procédés utilisés par de nombreux conspirationnistes pour asséner leur "vérité", on a presque envie de se ranger, par réaction, dans le camp de ceux qui acceptent sans sourciller l'histoire officielle. Aux clips et autres films à sensation, je crois qu'il faut définitivement préférer la froide analyse. Car la passion, même si elle est à la base de la démarche de réflexion, est, lorsqu'il s'agit de penser, mauvaise conseillère. Ou alors, il faut être bien conscient des mouvements passionnels qui nous animent, et qui peuvent nous tromper, nous égarer. Et accepter d'avance l'idée qu'on est peut-être en train de s'égarer. Et accepter d'être corrigé, de renier certaines de ses idées bien installées. Moi-même, j'ai peut-être, dans ces articles, participé à colporter pas mal de bêtises, qui sait... Il faut simplement espérer qu'elles finiront par être détectées et corrigées, et qu'elles participeront à tracer un chemin vers une histoire officielle plus crédible, moins pleine de trous et moins recouverte d'ombres. Seule la pensée froide nous y mènera peut-être...
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