Géopolitique de l’Afghanistan, par Aymeric Chauprade

Publié le par Taïké Eilée

Le géopoliticien Aymeric Chauprade nous livre un exposé magistral sur la situation afghane. Il sera divisé en quatre volets. Voici le premier, consacré à l’héritage géopolitique de l’Afghanistan. Publié le 13 juillet sur realpolitik.tv.

 

 

De la création de l’Etat afghan en 1747 au bourbier actuel, Chauprade retrace l’histoire d’un territoire à l’unité jamais réalisée, dominé par l’ethnie pachtoune, et qui n’a cessé d’attiser la convoitise des grandes puissances.
 
Au XIXe siècle, il est le théâtre de l’affrontement entre l’empire russe et l’empire britannique. En 1919, l’Afghanistan acquiert son indépendance. A partir de 1945, le pays devient un enjeu stratégique majeur en raison de sa frontière avec l’URSS. Durant la Guerre froide, l’Afghanistan est soumis à la pression des deux piliers régionaux du système américain, l’Iran et le Pakistan, ainsi qu’à celle de l’Union soviétique, toujours plus influente.
 
En décembre 1979, l’URSS lance une armée de 500.000 hommes en Afghanistan, provoquée par l’action de Zbigniew Brzeziński ; le stratège américain avait, un an plus tôt, lancé l’opération "Cyclone", une opération de la CIA qui avait pour but de déstabiliser l’URSS en propageant dans ses républiques soviétiques musulmanes des militants islamistes radicaux.
 
Les Etats-Unis avaient à l’époque conçu une politique de double endiguement de l’URSS et de l’Iran chiite islamique par le soutien d’un islam sunnite fondamentaliste, en s’appuyant sur deux pays clés : l’Arabie saoudite, pour le monde arabe, le Pakistan, pour l’Asie centrale.
 
Avec l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan en 1981, la relation entre les Etats-Unis et le Pakistan s’intensifie. Avec l’aide de la CIA, l’ISI, les services secrets pakistanais, deviennent très puissants. L’ISI devient, dans les zones tribales, le sous-traitant des opérations conçues par la CIA. Et l’héroïne devient le principal moyen de financement de la guérilla afghane pilotée par l’ISI.
 
En 1989, l’armée soviétique évacue l’Afghanistan et le régime communiste se maintient jusqu’en 1992. L’histoire recommence alors, avec la formation d’une coalition anti pachtoune, regroupant d’autres ethnies afghanes, et qui prennent un temps la direction politique du pays.
 
En 1994, les taliban font leur entrée sur la scène afghane. Ils sont appuyés par la mafia des transports routiers, l’ISI, et les grands groupes pétroliers : l’américain Unocal et le saoudien Delta Oil, qui veulent désenclaver le pétrole et le gaz turkmènes par l’Afghanistan puis le Pakistan.
 
Sous le mandat de Bill Clinton, la compagnie Unocal, associée à des intérêts saoudiens, projette de construire un gazoduc qui transportera le gaz turkmène à travers l’Afghanistan, puis le Pakistan, jusqu’à l’océan indien. Mais les seigneurs de guerre, issus de différentes ethnies, et qui contrôlent chacun une portion de territoire, font du chantage. Ils exigent une taxe sur le transit, sinon le gaz ne passera pas.
 
Unocal décide alors, avec l’appui de la CIA et de l’ISI, de soutenir une solution politique qui dépasse les clivages communautaires, celle des fondamentalistes les plus radicaux. Les taliban arrivent ainsi au pouvoir en 1997. Mais après un an de coopération, en décembre 1998, Unocal et les taliban ne s’entendent plus et le projet de gazoduc s’arrête. L’alliance entre Oussama Ben Laden et le Mollah Omar semble devenue incontrôlable, et les Chinois entrent aussi dans le jeu afghan.
 
Mais en 2001, tout redevient possible pour les Américains. Le 9 septembre, le seul chef de guerre incontrôlable pour l’Occident, Massoud, meurt assassiné. Le 11 septembre, les Tours Jumelles s’effondrent à New York et les Américains peuvent alors défaire ce qu’ils avaient fait : les taliban et leur allié Ben Laden. L’opération "Liberté immuable" lancée le 7 octobre permet de créer une coalition autour des Etats-Unis. En cinq semaines, les taliban sont balayés.
 
Le 11 août 2003, l’OTAN prend le commandement de la Force Internationale d’Assistance et de Sécurité qui comprend 37 pays contributeurs. Depuis cette date, l’OTAN n’a jamais véritablement réussi à maîtriser la situation du pays. La question qui se pose est : pourquoi ?
 
On attend avec impatience les trois prochains volets de cet exposé d’Aymeric Chauprade, qui permettront de répondre à cette question...

 

Publié dans 11 septembre

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