11 septembre

A l'occasion du dixième anniversaire des attentats du 11-Septembre, Fabrizio Calvi publie chez Fayard 11-Septembre, la contre-enquête. Il est aussi le réalisateur, avec Jean-Christophe Klotz, du documentaire Les routes de la terreur, diffusé en deux parties sur Arte le 31 août et le 7 septembre 2011. Entretien.


Rompu aux enquêtes au long cours, spécialisé dans les affaires de criminalité organisée et les services secrets, Fabrizio Calvi mène depuis 1972 des activités d’écrivain, de journaliste et d’auteur de films. A l'actif de cet ancien de Libération (1973-1981) et du Matin de Paris (1983-1984), une dizaine d'ouvrages et une vingtaine de films. Parmi ses sujets d'investigation : les guerres de la mafia en Sicile, le rôle joué par la France dans un vaste trafic d'uranium en provenance de Namibie en violation d'une résolution de l'ONU, les trafics d’armes et de drogue dans les Balkans, les liens entre la mafia et le magnat de la presse italienne Silvio Berlusconi, les services secrets pendant la Seconde Guerre mondiale, le scandale du Crédit Lyonnais, l’affaire Elf, le terrorisme noir dans l’Europe de la guerre froide. De 2007 à 2010, il travaille à une vaste fresque sur le FBI. C'est alors que commence sa contre-enquête sur le 11-Septembre : trois ans à parcourir le monde, à la rencontre de plus de cent cinquante témoins directs. Son ambition : démonter l’engrenage implacable qui, dès 1979, mène aux attaques du 11 septembre 2001.

 

C'est après avoir visionné les deux épisodes des Routes de la terreur sur Arte, et plus encore après avoir écouté une interview de Fabrizio Calvi sur Europe 1, que j'eus l'idée de l'interviewer. Il déclarait en effet que "le seul mystère du 11-Septembre" résidait, à ses yeux, dans l'incroyable loupé de la CIA au sujet des deux terroristes Nawaf al-Hazmi et Khalid Almihdhar. Rappelons que ces deux terroristes avaient participé en janvier 2000 à un grand sommet d'Al Qaïda à Kuala Lumpur en Malaisie, où ils avaient été repérés par la CIA. Ils s'envolèrent ensuite vers les Etats-Unis, pour s'installer à San Diego, où ils vécurent au grand jour. La CIA savait qu’ils étaient aux Etats-Unis, mais jamais elle ne prévint le FBI de leur présence sur le sol américain. La CIA fit même tout son possible pour empêcher le FBI de le découvrir. Nul ne sait pourquoi la CIA a agi de la sorte. Pour appréhender ce manque de coopération, il faut se souvenir, nous dit Calvi, que les deux agences obéissent à des logiques différentes : "Le FBI vise à faire respecter la loi, et la CIA la viole. Le FBI vise à déférer des criminels devant des tribunaux, tandis que pour la CIA seule la fin compte." Dans le cas présent, face à la menace imminente, le silence de la CIA reste cependant peu compréhensible. Outre ce mystère, il en subsistait encore bien d'autres à mes yeux... Je décidai donc de soumettre à Fabrizio Calvi quelques-unes des questions importantes qui, selon moi, n'avaient pas encore trouvé de réponses. Il n'était certes pas question de faire le tour de tous les problèmes, qui réclameraient un temps beaucoup trop long pour être abordés, d'autant que certains d'entre eux, comme nous l'entrevoyons dans l'interview, n'appellent à ce jour aucune réponse fiable, mais uniquement des spéculations.

 

Or, Fabrizio Calvi a une ligne de conduite stricte, qui rappelle celle qu'Eric Laurent avait affichée à l'époque de sa propre enquête sur le 11-Septembre : la "religion des faits". Le journaliste ne rapporte que ce qu'il a pu vérifier, et qui rentre dans son domaine de compétence. Comme il le signalera au cours de l'entretien, il n'est pas un scientifique, et n'a donc pas souhaité rentrer dans les polémiques touchant à l'effondrement des tours du World Trade Center. Entre les querelles d'experts et la croyance des profanes, il préfère - et il a raison - s'en tenir à ce qu'il a pu lui-même expertiser. S'il dit ne pas croire à un complot américain, il affirme cependant avec force les profondes insuffisances du rapport de la Commission d'enquête. Et c'est peut-être là l'essentiel ; car sur un sujet qui divise tant, qui crée des clivages si marqués, entretenus par les passions incontrôlées, nous pouvons sans doute tous nous accorder sur un point : la Commission d'enquête n'a pas répondu à toutes les questions, et, comme le dit Fabrizio Calvi, "des choses terrifiantes" restent sans doute à découvrir, même si ce ne sont pas forcément celles auxquelles pensent les "théoriciens du complot".

 

Une dernière remarque en guise de préambule : la controverse sur le 11-Septembre a été plombée depuis des années par l'opposition stérile entre ceux qui affirment doctement qu'Al Qaïda est coupable (et que toute la lumière a été faite sur ces événements) et ceux qui affirment tout aussi doctement que ce sont les Américains qui sont coupables (et qui, souvent, innocentent au passage Al Qaïda). Je ferai simplement remarquer que nombre de chercheurs, qui font référence chez les "truthers", ne nient aucunement l'implication d'Al Qaïda. Citons Eric Laurent, Peter Dale Scott, Aymeric Chauprade, Paul Thompson... ou encore l'ancien ministre britannique Michael Meacher. Parmi ces individus, certains posent simplement des questions, sans rien suggérer ; d'autres envisagent l'hypothèse du "laisser-faire", ou encore celle - dont ils ne sont absolument pas certains - selon laquelle Al Qaïda aurait pu être utilisée comme un "outil", infiltrée et manipulée par des agents oeuvrant pour les Etats-Unis (écoutez le bref et prudent questionnement de Paul Thompson à la fin de 9/11 Press for Truth, à 2 min 20 dans cette vidéo). Et en émettant ces hypothèses, ils sont dans la spéculation, ce qu'ils reconnaissent volontiers, non dans la croyance et la certitude. Fabrizio Calvi est l'un des rares journalistes à avoir réellement enquêté sur au moins une partie des mystères du 11-Septembre, en refusant toute spéculation, ce que tout bon journaliste se doit de faire (car un journaliste n'est pas là pour opiner, mais d'abord pour rapporter des faits vérifiés), et à ce titre je crois que son travail est à saluer, même s'il ne défend pas l'opinion majoritaire sur ce site, qui s'honore d'accueillir toutes les opinions.


 ***

 

Le silence de la CIA au sujet des terroristes Nawaf al-Hazmi et Khalid Almihdhar, qu'elle a repérés dès janvier 2000, est l'un des grands mystères du 11-Septembre. Avez-vous une hypothèse pour en rendre compte ?


JPEG - 11.6 ko
Nawaf al-Hazmi et Khalid Almihdhar

Fabrizio Calvi : Le tiers du bouquin est consacré à cette histoire, qui me paraît essentielle, et qui me semble être le grand mystère du 11-Septembre. C'est une affaire qui a été totalement minorée par la Commission d'enquête, d'où cette idée de contre-enquête, du bouquin et des films. Il me semble que je fais quelques avancées dans cette histoire, c'est-à-dire en reconstituant totalement leur itinéraire aux Etats-Unis, en démontrant que la CIA était au courant de leur arrivée, et pour cela je me base sur des rapports internes du FBI et de la CIA, je me base aussi sur des entretiens avec des agents, du FBI principalement, notamment ceux qui travaillaient avec la CIA sur cette histoire, enfin j'ai une longue rencontre avec le "tsar" de l'antiterrorisme Richard Clarke, qui, lui, laisse entendre que c'est une opération majeure de la CIA.


Alors je raconte tout cela, mais je ne tire pas de conclusion, parce qu'il me manque trop de choses, il y a trop de chaînons manquants pour tirer une conclusion et affirmer que la CIA était au courant de tout ou a laissé faire. Je me base sur les faits et uniquement sur les faits, donc je ne peux pas tirer de conclusion. Je peux donner mon avis : il me semble qu'il est vraisemblable que la CIA avait engagé une opération de contrôle, de surveillance et peut-être d'infiltration d'Al Qaïda, autour de ces deux pirates de l'air, que c'est pour ça qu'elle n'a pas voulu en informer le FBI, et que finalement elle a été victime de cette opération - c'était elle la première victime - et qu'elle a été dépassée par les événements.


La CIA aurait pu essayer de les recruter, de les retourner ?


FC : Soit de les recruter, soit de les retourner, soit d'aller à un objectif majeur qui était Al Qaïda. Il est certain qu'ils ont essayé de recruter une personne autour d'eux, un Irakien qui était à Kuala Lumpur, qui les a accueillis lors de leur séjour. La CIA a essayé de le recruter. Ils ont aussi essayé de recruter, de manière un peu maladroite, des membres de la fameuse cellule de Hambourg, donc à l'époque il est certain qu'il y avait un travail d'approche de la part de la CIA pour recruter. Il ne faut pas oublier qu'à l'époque Ben Laden et Al Qaïda étaient déjà un objectif majeur de la CIA. Donc il n'est absolument pas étonnant qu'ils aient tenté de recruter, de pénétrer et d'infiltrer Al Qaïda, et il ne serait pas surprenant que toute cette histoire leur ait échappé, leur ait explosé entre les doigts.

 

"Il devrait y avoir une enquête très sérieuse sur les mouvements de ces deux terroristes et sur tout ce qui s'est passé autour"

 

Que pensez-vous du fait que ces terroristes aient pu se loger à San Diego chez un informateur du FBI ?


JPEG - 16.2 ko
Abdussattar Shaikh, l’informateur du FBI

FC : C'est pire que ça : les deux terroristes en question étaient surveillés depuis Kuala Lumpur, la CIA savait qu'ils se rendaient aux Etats-Unis, et a empêché le FBI de le découvrir. Quand ils arrivent aux Etats-Unis à Los Angeles, ils sont pris en charge par un agent secret saoudien. Les Saoudiens savent que ce sont des terroristes, le prince Turki, qui était le responsable des services secrets, dit avoir informé les Américains de leur existence et du fait que c'était des terroristes. Donc ils sont pris en charge par un agent secret saoudien, ensuite ils déménagent et il y en a un des deux qui va vivre chez un curieux professeur universitaire, qui est à ses heures informateur du FBI, qui est lié à un ancien trafiquant d'armes proche du Chah d’Iran, enfin bref, c'est un personnage assez bizarre, assez mystérieux.


Et puis autour d'eux, il y a d'autres personnages qui vont et qui viennent, et qui donnent l'impression qu'ils sont contrôlés. Par exemple, à San Diego, ils vont dans une mosquée où il y a un imam intégriste, très intégriste, qui opère, et quand l'un des deux pirates va déménager et aller sur la côte Est, à Falls Church, de l'autre côté des Etats-Unis, l'imam va le suivre, et va, comme par hasard, exercer dans la mosquée de Falls Church, où le terroriste Nawaf al-Hazmi va se rendre.


La veille des attaques du 11-Septembre, le 10 septembre, dans l'hôtel où les deux terroristes passent leur dernière nuit sur terre, il y a aussi un des responsables du culte saoudien, qui, au dernier moment, a réservé et s'est installé dans cet hôtel, alors qu'il était dans un autre hôtel. Alors tout ça, c'est peut-être un faisceau de coïncidences, mais ce sont des coïncidences très inquiétantes, et qui font qu'au moins quelqu'un devrait s'y pencher de manière sérieuse, quelqu'un d'officiel, moi je ne suis pas un officiel, je n'ai pas de pouvoir d'investigation, ni de police judiciaire, mais il devrait y avoir une enquête très sérieuse sur les mouvements de ces deux terroristes et sur tout ce qui s'est passé autour.


Cela rejoint les déclarations du sénateur Bob Graham, qui, sur la base des 28 pages censurées du rapport du Congrès de 2003, a, à plusieurs reprises, affirmé qu'au moins deux des terroristes étaient soutenus par un ou plusieurs Etats, donc cela pourrait être de l'Arabie saoudite dont il parlait...


FC  : Oui, Bob Graham, qui a même publié un bouquin, est très "anti-saoudien" d'une certaine manière... donc ce ne serait absolument pas étonnant.


Donc, d'après vous, les deux agents saoudiens en contact avec les terroristes pouvaient être au courant de l'attentat du 11-Septembre en préparation et l'appuyer éventuellement ?


FC : On rentre dans le domaine de la spéculation, qui est un domaine que j'essaie d'éviter, mais il est certain que tout autour de ces pirates de l'air, il y a beaucoup de complicités saoudiennes. Alors, est-ce que ça veut dire qu'il y a une complicité directe ou pas ? C'est très difficile à dire, et je veux surtout éviter de tirer des conclusions trop hâtives, alors qu'on n'a pas encore tous les éléments entre les mains.

 

Dans le même genre d'appui, vous avez sans doute entendu parler de cette information qui a été peu diffusée, qui prétendait que Mohamed Atta avait reçu 100.000 dollars sur ordre direct du directeur de l'ISI de l'époque, Mahmoud Ahmad, alors avez-vous une opinion sur la crédibilité de cette information ?


JPEG - 11.5 ko
Lieutenant Général Mahmoud Ahmad

FC : Honnêtement, c'est vous qui me l'apprenez... Je ne pense pas qu'il aurait reçu directement de l'argent de l'ISI, parce qu'ils sont quand même beaucoup plus malins qua ça. Le problème, c'est qu'on dit beaucoup de choses, tout et son contraire, sur cette histoire... Moi, j'essaie vraiment de m'en tenir aux informations et aux faits avérés, et non pas aux spéculations, ni aux croyances. Et tout ce que j'écris a été longuement prouvé, vérifié, j'ai recoupé mes sources. Après il y a tellement de bruits, de rumeurs, de désinformations, que tout cela est très difficile à vérifier.

 

Cette information est parue originellement à la fois dans le journal Dawn au Pakistan, et dans le Times of India en Inde, et elle proviendrait - car j'avais interrogé le journaliste Manoj Joshi du Times of India, qui avait sorti l'information - d'une haute source ministérielle dans le gouvernement indien, sans qu'il sache me dire si c'était crédible ou pas... mais la difficulté c'est que certains présentent l'information comme sûre et certaine, comme sur France Inter...


FC : C'est pour ça que j'essaie de m'en tenir aux témoignages de première main, et donc c'est toujours difficile quand on a accès à des témoignages de deuxième main, c'est toujours difficile de leur donner crédit. Il y a énormément de rumeurs, d'informations qui sont vérifiées ou pas, mais après il y a le bon sens : il me semble que c'est un peu difficile de prétendre une telle chose, parce que, je le répète, je ne crois pas que le directeur de l'ISI aurait agi directement, je pense qu'il aurait été plus malin que ça, et que l'argent serait passé par différents canaux. De toute manière, il n'aurait pas été remis directement, et puis je ne sais pas si Mohamed Atta avait besoin du soutien financier de l'ISI, parce qu'il avait d'autres soutiens financiers, les flux d'argent sont des flux qui ont été prouvés, documentés. Ce n'est pas une opération qui a coûté très cher, et ils n'étaient même pas déficitaires, parce qu'avant le 11-Septembre, ils ont renvoyé de l'argent, il y a de l'argent qui est reparti à Dubaï, dans des banques saoudiennes. Donc oui peut-être... mais je ne vois pas pourquoi l'ISI se serait mouillée à ce niveau-là, d'autant que les terroristes n'avaient pas besoin d'argent.


C'est aussi ce que m'avait dit Eric Denécé, un ancien agent du renseignement, qui pensait que ce n'était pas très crédible, qu'il pourrait y avoir des éléments isolés de l'ISI, mais pas le directeur...

 

FC : C'est peut-être une piste à explorer, mais très honnêtement je vois difficilement un responsable des services secrets se mouiller directement pour faire ça.

 

"Les Philippins ont découvert le plan, qui s'appelait Bojinka, ont prévenu les Américains, et les Américains ne les ont pas crus"

 

Cela rejoint aussi une information, présente dans le documentaire 9/11 Press for Truth : un agent du FBI, Randy Glass, qui a infiltré en 1999 un réseau criminel, prétend qu'un certain R.G. Abbas, qui s'est présenté comme un agent de l'ISI, lui avait dit que son projet était de détruire les tours du World Trade Center...


JPEG - 21.2 ko
Ramzi Youssef

FC : Dans ma contre-enquête, je montre très clairement que le projet de détruire le World Trade Center remonte à 1993, je fais la genèse de cet attentat, j'explique pourquoi ils voulaient détruire le World Trade Center. En fait, ils pensaient que tous les juifs de New York travaillaient au World Trade Center, dans les deux tours, et c'est pour ça qu'ils voulaient le détruire. Ils ont failli réussir en 1993, et puis ça a raté, mais de peu, parce qu'ils n'avaient pas assez d'argent pour les explosifs. Du coup, l'artificier, Ramzi Youssef, et son oncle Khaled Sheikh Mohamed, ont projeté un autre plan en 1995, pour détruire cette fois définitivement les deux tours et d'autres objectifs. Le plan en question était le prototype du 11-Septembre : il s'agissait de s'emparer d'avions, de les détourner, de les précipiter contre les deux tours, donc dès 1995 le projet était en germe, il y avait un prototype. Les Philippins ont découvert ce complot, qui s'appelait Bojinka, ont prévenu les Américains, et les Américains ne les ont pas crus et leur ont dit "mais qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse de cette information ?". Ramzi Youssef va se faire arrêter à cause de sa participation à l'attentat de 1993, Khaled Cheikh Mohammed, son oncle, va s'échapper et depuis il n'aura qu'une idée : mettre en action ce plan, réaliser Bojinka, et c'est ce qu'il fera, puisque c'est le cerveau des attaques du 11-Septembre. Donc c'est très clair, dès le début il est évident, et les Américains le savent, que les islamistes vont sans doute détourner des avions pour les précipiter contre les deux tours. Après, pourquoi n'ont-ils rien fait ? C'est une autre question.


Parce qu'en effet, après le 11-Septembre, on a entendu toute l'administration Bush affirmer qu'elle n'avait reçu strictement aucun avertissement, et même que ce type d'attentat lui était totalement inimaginable, alors que manifestement c'était faux... alors pourquoi l'ont-ils dit ?


JPEG - 19 ko
Colonel Rodolpho Boggie Mendoza

FC : En 1995, les Américains ne le croient pas. J'ai rencontré le policier philippin, le colonel Rodolpho Boggie Mendoza, qui est tombé sur cette enquête, qui a interrogé un des membres du complot Bojinka, qu'il a fait parler. Eh bien, ses supérieurs ne l'ont pas cru. Et pourtant, c'est un des meilleurs officiers de la police philippine, mais ses supérieurs ne l'ont pas cru. Donc, si ses supérieurs, qui le connaissent, qui savent que c'est sans doute un des meilleurs et pas un affabulateur, ne le croient pas, à plus forte raison les Américains ne pouvaient pas le croire. En 1995, les Américains n'avaient jamais entendu parler de Ben Laden, ils pensaient que c'était un financier, ou plutôt ils pensaient juste que c'était un financier de la terreur. Or, le colonel Mendoza avait déjà fait un rapport sur l'islamisme aux Philippines, dans lequel figurait déjà le nom de Ben Laden. Il y avait plusieurs pages sur Ben Laden, j'ai lu ce rapport. Aujourd'hui il n'y a pas une ligne à changer, la description d’Al Qaida est parfaite. En 1995, les Américains pensent encore que Ben Laden n'est que le financier de la terreur, ils l'appelaient "la Fondation Ford du terrorisme". Il leur faudra un an ou deux pour réaliser que Ben Laden est autre chose, et bien plus dangereux, que le simple financier de la terreur. Donc, de ce point de vue là, les Américains ont raison de dire qu'ils ne pouvaient pas imaginer, il y a un manque d'imagination total de ce point de vue là.


JPEG - 6.7 ko
Richard Clarke

L'administration Bush, en revanche, ment parce que, dès janvier 2001, c'est-à-dire dès son entrée en vigueur, au sein de l'administration il reste de l'administration Clinton Richard Clarke, le "tsar" de l'antiterrorisme, qui avait un plan pour détruire Ben Laden et Al Qaïda, le plan "Delenda", eh bien Richard Clarke est rétrogradé, il n'a plus accès au Président, alors qu'il y avait accès auparavant, il n'a plus accès à la conférence des "Principals", des principaux chefs de cabinets du Président, et quand il va voir Condoleezza Rice qui est sa supérieure hiérarchique, qui est responsable du Conseil national de sécurité, et qu'il lui explique que le vrai danger c'est Al Qaïda, Condoleezza Rice, je ne dis même pas "tombe de l'armoire", parce que ça ne l'intéresse pas, et on a plusieurs témoignages de responsables de la CIA qui ont essayé à maintes reprises d'alerter l'administration Bush du danger, et l'administration Bush s'en fout complètement, car ses préoccupations, son horloge sont restées bloquées dix ans auparavant, au début des années 1990, quand il y avait Bush père, juste après le président Reagan. Ses seules préoccupations, c'était l'IDS, l'Initiative de Défense Spatiale, la guerre des étoiles, l'invasion de l'Irak pour terminer ce que Bush père avait fait, puis des négociations balistiques avec la Russie ; ils ne sont vraiment pas à l'ordre du jour, alors que le terrorisme sunnite, qui est la véritable menace, ils s'en fichent un peu. Et si vous prenez tous les discours de Condoleezza Rice de cette époque, entre janvier et septembre 2001, elle ne prononce pas une fois le mot "Al Qaïda", ni le mot "Ben Laden". Et en août 2001, quand vraiment la menace se précise, les responsables de la CIA vont voir George Bush pour lui transmettre un rapport quotidien, qui dit que Ben Laden s'apprête à frapper les Etats-Unis ; la réaction de George Bush, ça a été : "ben écoutez, c'est bien, vous avez couvert votre cul, vous avez fait votre devoir, maintenant vous pouvez renter chez vous, c'est bien". Donc, il y a un désintérêt total, alors que Richard Clarke, qui est le "tsar" de l'antiterrorisme, George Tenet, qui est le chef de la CIA, et tous ces responsables n'arrêtent pas de tirer des sonnettes d'alarme, en disant "attention, ça va arriver".


JPEG - 19.7 ko
Mark Rossini

Dans le livre et dans le film, il y a l'interview d'un agent du FBI, Mark Rossini, qui travaillait pour la CIA, et qui nous dit clairement qu'il sentait que ça allait arriver, qu'il y allait avoir le "Big One", le grand coup allait arriver. Il nous dit : "c'est un peu comme un orage, on sent que ça se prépare, brusquement le vent change, les nuages s'accumulent". Ils savent qu'il va se passer quelque chose, et puis dans les écoutes ils savent qu'il va se passer quelque chose. Dans les écoutes, juste la veille, par exemple, la NSA, qui est chargée d'écouter toutes les conversations électroniques du monde entier - c'est 30.000 agents -, eh bien la NSA enregistre deux conversations : dans la première on dit "demain c'est l'heure zéro", dans la seconde on dit "la partie va commencer demain". Donc, si vous voulez, c'est comme une inquiétude diffuse. Richard Clarke, en juillet 2001, fait une réunion avec les responsables de l'aviation civile, pour les sensibiliser au problème, en disant "attention, Al Qaïda va frapper les avions", il ne savait pas exactement quoi, mais il leur disait "attention je veux être informé de tout ce qui se passe, même si un moineau tombe de sa branche". Le problème, c'est que Richard Clarke ne savait pas l'essentiel : la CIA lui avait caché l'essentiel, à savoir que deux des terroristes étaient là, aux Etats-Unis, et étaient en train de s'entraîner avec d'autres, à piloter des avions.

 

"La Commission d'enquête, c'est la Commission des omissions"

 

Précisément, ces informations comme quoi l'administration américaine a reçu beaucoup d'avertissements mais n'a rien fait, car elle était braquée sur l'Irak ou sur d'autres problèmes, c'est l'une des causes principales pour lesquelles énormément de gens imaginent qu'il y ait pu avoir, si ce n'est une organisation, du moins un laisser-faire de certaines personnes au sein de l'administration pour en tirer profit...


 FC : C'est sûr que toutes les thèses conspirationnistes s'appuient sur les silences embarrassés, sur les non-dits, sur les omissions de la Commission d'enquête. La Commission d'enquête, c'est la Commission des omissions, c'est un peu comme la Commission Warren au moment de l'affaire Kennedy. Donc il est clair qu'à partir du moment où on ne met pas tout sur la table et où on cache des choses, tous les fantasmes vont se nourrir. Au lendemain du 11-Septembre, tout le monde était pro-Américains, tout le monde disait "nous sommes tous des Américains", et puis c'est un peu le contraire des alchimistes, ils avaient de l'or entre les mains et ils en ont fait du plomb. Et tout le monde a commencé à se méfier, à dire "mais ils nous cachent des choses", d'où cette idée, folle - à mon avis -, qu'ils ont organisé eux-mêmes les complots. La Toile Internet, mais pas seulement, énormément de gens que je rencontre sont convaincus du bien-fondé des complots, sont dans la croyance ; moi je ne suis pas dans la croyance, je suis agnostique, donc je me base sur des faits, des faits avérés, je pense qu'il y a une chose qui s'appelle le bon sens, et quand on m'explique qu'aucun avion ne s'est précipité sur le Pentagone, la seule chose que je réponds c'est : "OK, mais il y a un avion qui a décollé et où sont passés les passagers de l'avion ?" S'il ne s'est pas écrasé sur le Pentagone, ils doivent bien être quelque part, il y avait 60-70 personnes, le vol a été suivi à la trace par les radars, il y a eu des communications téléphoniques, parce qu'on peut téléphoner des avions, contrairement à ce qu'on affirme, aux Etats-Unis à l'époque on pouvait tout à fait téléphoner des avions, dans les avions américains il y a des téléphones. Donc je pense qu'il faut faire un pas de côté face à ça, et faire appel au bon sens. En même temps, ces thèses se nourrissent du silence des autorités et des mensonges de la Commission d'enquête.

 

Mais l'hypothèse du "laisser-faire" se nourrit aussi beaucoup d'une phrase, qui a été extraite d'un rapport du think tank Projet pour un Nouveau Siècle Américain (PNAC), selon laquelle "le processus de transformation [des Etats-Unis en force dominante], même s'il est porteur de changements révolutionnaires, sera probablement long, en l'absence d'un événement catastrophique et catalyseur - comme un nouveau Pearl Harbor". Donc on a des gens qui extraient cette citation, en arguant que les membres du PNAC disaient eux-mêmes avoir besoin d'un nouveau Pearl Harbor et, comme par hasard, ils n'ont rien fait pour prévenir le Pearl Harbor dont ils recevaient des avertissements, c'est un peu ça le raisonnement...


FC : C'est mal connaître la société américaine, car ce n'est pas parce qu'un think tank raisonne comme ça que c'est la politique officielle des Etats-Unis, et que c'est ce qui va être appliqué. L'idée même d'un complot du côté américain me paraît absurde, parce qu'un complot implique une couverture politique, c'est-à-dire que les hommes politiques sont obligés de couvrir, puisque de toute manière ce sont eux qui vont décider d'envahir l'Irak ou autre. Or, le complot de la part d'Al Qaïda est né, comme je le démontre dans ma contre-enquête, en 1995, c'est-à-dire sous l'administration Clinton, et il arrive à maturité en 2001, c'est-à-dire sous l'administration Bush. Ça supposerait une continuité entre l'administration Bush et l'administration Clinton qu'il n'y a absolument pas. Il y a une vraie rupture, et du côté des Américains, s'il y a une conspiration, c'est la conspiration des imbéciles, c'est-à-dire que les gens qui sont au pouvoir politique, à la Maison Blanche, sont des incapables, sont des gens qui raisonnent en terme de guerre froide, alors qu'il faut raisonner autrement. Ils n'ont pas vu que le monde avait changé. Donc dans ce sens-là, ils favorisent indirectement les attaques du 11-Septembre. Mais comme ils ne réalisent pas la nature de l'ennemi, et qu'ils ne veulent pas en entendre parler - ce qui est le plus grave -, ils ne le prennent pas au sérieux, et à partir de ce moment-là, ils laissent faire, mais de manière indirecte et totalement involontaire, et par stupidité, alors que les gens qui sont, comme les responsables de la CIA ou du FBI, aux commandes de l'action veulent agir et stopper ce qui se passe. Mais il y a un désintérêt de la classe politique, c'est pour cela que je parle du complot des imbéciles.

 

Vous savez qu'il y a eu l'organisation d'exercices de simulation de guerre de grande ampleur au moment des attentats, qui auraient peut-être troublé la réaction de la chasse américaine. Est-ce que, d'après vous, cela relève du hasard, ou les terroristes, ou d'autres, auraient pu s'arranger pour que les deux événements aient lieu en même temps ? parce qu'on sait que de faux avions, suspectés d'être détournés, étaient visibles sur les écrans radars...

 

FC : Vous prenez le minute par minute du détournement - parlons uniquement des premiers vols, ceux qui partent de Boston : le détournement a lieu au bout de 20 minutes à peu près, et puis après il va s'écouler 40 minutes avant qu'ils n'atteignent leurs objectifs. A l'époque, il faut déjà un certain temps de réaction pour comprendre ce qui se passe, pour comprendre qu'il y a un détournement, et puis on remonte la chaîne hiérarchique, donc il y a déjà 10 minutes qui vont se passer à peu près, donc on est déjà à une demi-heure, et on est à 20 minutes de l'objectif. Mais à l'époque, personne n'envisageait d'action suicide. Pour tout le monde, il était clair, même s'il y a eu tous les signaux d'alerte dont on a parlé, qu'il s'agissait de détournements. Les passagers étaient convaincus qu'il s'agissait de détournements, mais pour les autorités civiles - j'ai écouté toutes les bandes, toutes les conversations - c'est clairement des détournements, donc on attend de savoir ce que les terroristes ont l'intention de faire de ces avions - est-ce qu'ils vont les poser ? demander des échanges de prisonniers ou autre ? - avant de réagir. Donc, s'il y a un détournement d'avion, on ne va pas tout de suite ordonner à la chasse de l'abattre. Par contre, dans le dernier cas, qui est le vol 93, une fois que les trois autres se sont écrasés, effectivement, au moment où l'avion retourne sur Washington et où il y a la révolte des passagers, la Maison Blanche donne l'ordre effectivement d'abattre cet avion. Dick Cheney, le Vice-Président, donne l'ordre formel d'abattre l'avion. Ça ne sera pas fait, parce qu'il y a eu la réaction des passagers, qui ont précipité l'avion. Mais de toute manière, sur la fin, c'est-à-dire une fois qu'elles ont compris ce qui se passait, les autorités ont réagi en ordonnant d'abattre les avions.


Vous avez rencontré Anthony Shaffer dans le documentaire d'Arte, il affirme que l'unité de renseignement Able Danger a repéré la cellule de Mohamed Atta en janvier 2000, alors qu'une enquête du ministère de la Défense a désavoué ses propos. Le jugez-vous crédible ?


JPEG - 13.5 ko
Lieutenant-Colonel Anthony Shaffer

FC : Oui, tout à fait. Able Danger faisait du data mining et regroupait des sources d'informations, et puis infiltrait les mosquées, qui sont des pratiques très mal vues aux Etats-Unis, à l'époque et même peut-être encore aujourd'hui. Vous avez la liberté de culte et chacun est libre de pratiquer les cultes, c'est une chose fondamentale aux Etats-Unis. Or, les gens d'Able Danger, les militaires, étaient un peu extrémistes de ce point de vue là, mais ils étaient arrivés à des résultats, puisqu'ils avaient, semble-t-il, localisé Mohamed Atta à la mosquée Al-Farouq à Brooklyn quand il est arrivé. A ce moment-là, ils avaient une photo, ils ne savaient pas du tout qui c'était, mais il y a des photos qui commençaient à circuler, et puis, sans que l'on sache vraiment pourquoi, on leur a d'abord dit de ne pas parler de leur opération, ni à la CIA, ni au FBI. La CIA, de toute manière, ne voulait pas partager d'informations avec les militaires et puis on leur a ordonné de ne pas parler du tout de la chose au FBI, sans doute par crainte qu'on découvre que les militaires étaient en train d'infiltrer les mosquées, ce qui, je le répète, est très mal vu. Et donc, à partir de ce moment-là, l'opération est devenue encore plus clandestine, a eu encore un peu moins de poids au sein de l'armée américaine. Mais si vous me demandez si ses propos sont crédibles, je vous réponds oui.

 

"Je pense qu'Ali Mohamed sait beaucoup trop de choses"

 

Pour terminer, revenons sur un point que vous développez dans votre livre, le rôle d'Ali Mohamed. Comment expliquez-vous l'absence de condamnation à son égard alors qu'il semble impliqué dans tous les principaux attentats menés par Al Qaïda à l'intérieur des Etats-Unis ?

 

FC : Ali Mohamed était un agent triple, c'est-à-dire que c'était un miliaire égyptien, un officier égyptien membre d'Al Qaïda, qui a fait semblant de trahir Al Qaïda au profit des Américains. Il a travaillé pour la CIA, pour les Forces spéciales américaines à Fort Bragg, donc pour l'armée américaine, il a essayé d'infiltrer le FBI, mais en fait sa fidélité première était à Al Qaïda, puisque c'était le garde du corps de Ben Laden. C'est lui qui a entraîné les gens de Ben Laden et qui a appris à Ben Laden à faire des cellules, à construire son organisation afin de ne pas être détecté par les Américains, puisqu'il savait comment les Américains procédaient pour les détecter. Donc il a monté l'organisation idéale puisqu'il connaissait les contre-mesures dont les Américains allaient se servir. C'est lui qui va organiser les plus gros attentats commis au siècle dernier, contre les ambassades américaines de Nairobi et Dar es Salam, et dans le même temps il communiquait des informations à Ben Laden, et surtout à Ayman al-Zawahiri, son supérieur, et c'est lui qui met au point le modus operandi dont vont se servir les pirates de l'air pour détourner les avions le 11-Septembre. Donc c'est quelqu'un de considérable dans l'histoire du contre-terrorisme.


JPEG - 31.5 ko
Ali Mohamed

Il y a un silence embarrassé des autorités américaines, dont j'essaie de comprendre les raisons dans ma contre-enquête : je pense qu'il sait beaucoup trop de choses. Il a accepté de plaider coupable. Il a été jugé, reconnu coupable, mais il n'a toujours pas été condamné dix ans après avoir été reconnu coupable. Ce que je sais, ce que mes sources m'ont dit - des gens qui sont toujours en contact avec lui -, c'est que maintenant il était dans une prison de sécurité minimum aux Etats-Unis, c'est-à-dire qu'il est sur le point de sortir, il a fait deux livres, qui attendent l'imprimatur du gouvernement américain, et aujourd'hui il a passé un nouveau deal avec le gouvernement, parce que c'est lui qui connaît le mieux le nouveau chef d'Al Qaïda, Ayman al-Zawahiri, l'Egyptien, qui était son chef, son supérieur. Il le connaît par coeur, il le connait en tout cas parfaitement, sur le bout des doigts, et il vend chèrement sa connaissance aux Américains, qui n'ont toujours rien appris, puisqu'ils continuent à traiter avec un personnage éminemment suspect, avec un agent triple.

 

Donc ils ne l'inquiètent pas trop car ils espèrent toujours recueillir des informations auprès de lui sur Al Qaïda ?

 

FC : C'est le problème des Américains, c'est qu'ils dépendent totalement de leurs sources d'informations. Et après Ali Mohamed, il y a eu le cas que je cite dans ma contre-enquête, l'organisateur des attaques de Bombay, c'était aussi un agent triple américain : il travaillait pour la DEA, il faisait semblant de démanteler des réseaux de trafiquants de drogue et il a organisé les attaques de Bombay. Il s'est fait arrêter à Londres alors qu'il organisait un attentat contre le quotidien danois qui a publié les caricatures du prophète Mahomet. Et puis deux ans plus tard, les Américains pensent avoir une source parfaite avec un petit docteur jordanien, qui leur promet de remonter jusqu'à Ayman al-Zawahiri. Donc la CIA se réjouit, Barack Obama est prévenu et suit la rencontre pratiquement en direct. On l'amène sur une base secrète de la CIA à Khost dans le sud de l'Afghanistan, les gardes ont ordre de se détourner pour ne pas voir son visage, donc il n'est pas fouillé, il y a une dizaine de membres de la CIA qui sont là, toute la CIA de l'Afghanistan est là, ce qui est une faute de sécurité majeure, on lui a même préparé un gâteau parce que c'est le 30 décembre, et puis il arrive, commence à prier, et se fait sauter, et il y a une dizaine de membres de la CIA qui sont morts. Il y a une forme de naïveté des Américains, qui font a priori confiance à leurs informateurs, et ils le paient très cher, et ils continueront malheureusement à le payer très cher.

 

Je ne sais pas si vous vous êtes renseigné sur un personnage qui paraît également protégé en haut lieu, Omar Saeed Sheikh ; c'est l'assassin présumé de Daniel Pearl et celui par lequel serait soi-disant passé l'argent de l'ISI vers Mohamed Atta. Il est condamné à mort depuis 2002 mais n'a jamais été exécuté...

 

FC : Je croyais que l'assassin de Daniel Pearl était Khaled Cheikh Mohammed...

 

Il y a les deux versions qui circulent effectivement...

 

FC : Non, je ne peux pas vous répondre.

 

Alors que l'entretien se termine, Fabrizio Calvi tient à faire quelques précisions :

 

FC : Ce que j'ai toujours précisé, c'est je ne suis pas un ingénieur, ni un spécialiste en ingénierie, donc un sujet comme l'effondrement des tours, ce n'est pas mon propos. J'essaie de suivre les faits au plus près de ce qu'on peut en savoir. Après, pour moi, tout le reste est un petit peu de l'ordre de la croyance ou de la querelle d'experts, et je ne veux absolument pas m'engager là-dedans, parce que ce n'est pas mon boulot. Mais toutes ces thèses alternatives se nourrissent des silences embarrassés des Américains, et c'est vraiment dommage, parce qu'il faudrait qu'ils remettent tout à plat : il y aurait des surprises très étonnantes, c'est évident qu'on découvrirait des choses terrifiantes, peut-être pas celles auxquelles on pense. Moi je pense, par exemple, que sur l'histoire de Kuala Lumpur et des deux terroristes, si la CIA ne veut pas s'expliquer, c'est que tout simplement elle a peur que son rôle soit remis en question, parce qu'après tout on peut aller la voir en disant : "mais attendez, vous saviez qu'il y avait des terroristes, vous les surveilliez, vous les contrôliez d'une certaine manière, et vous n'avez pas été foutus de les arrêter, alors à quoi est-ce que vous servez ? parce que votre fonction c'est d'empêcher ce genre de chose". Alors ils répondront que pour empêcher ce genre de chose, ils voulaient taper Ben Laden, enfin j'en sais rien, là j'extrapole... mais je pense effectivement que si l'on soulève ce couvercle là, on va trouver bien des surprises, peut-être pas celles auxquelles on s'attend, sur les tours, le Pentagone, mais des surprises qui sont en fait beaucoup plus embarrassantes, parce que les théories conspirationnistes, d'une certaine manière, ont de quoi réjouir la CIA ou les Américains, parce que ça fait d'eux des gens invincibles, ça fait d'eux des maîtres conspirateurs. Il ne peut pas, à mon sens, y avoir de conspiration américaine, parce que ceux qui seraient à même de le faire sont trop bêtes, sont trop stupides pour imaginer un tel plan. Moi, pour les connaître, pour les côtoyer, pour leur avoir parlé, je suis effaré par certains moments, et donc on se dit, mais c'est pas possible, ils n'ont pas pu commettre un tel complot.

 

Merci Fabrizio Calvi de m'avoir accordé ce long entretien.

 

-----------------

 

Pour en savoir plus sur le personnage fascinant d'Ali Mohamed, on peut aussi se reporter à ce documentaire de National Geographic, ou encore à l'ouvrage de Peter Dale Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial. 50 ans d'ambitions américaines, Editions Demi-Lune, chapitre 8, p. 213-225. Ce livre, dont le titre original est The Road to 9/11. Wealth, Empire and the Future of America, ambitionne, comme celui de Fabrizio Calvi, de reconstituer sur le long terme les événements et les logiques qui ont pu conduire au 11-Septembre. Deux lectures complémentaires.



 

 

Publié sur AgoraVox

Aymeric Chauprade s’apprête à publier la nouvelle version de son ouvrage Chronique du choc des civilisations, qui s’annonce détonante. Le géopolitologue paraît avoir affermi ses convictions sur l’événement fondateur du XXIe siècle : le 11-Septembre. Dans un récent passage radiophonique, il a pu développer quelques-unes de ses idées fortes : le terrorisme international fabriqué, le rôle de l’Etat profond aux Etats-Unis, la guerre de l’information, la faillite des oligarchies mondialistes... Géopolitiquement incorrect ! Rarement un intellectuel de ce niveau aura lâché autant de bombes d’une telle intensité en l’espace d’une seule émission.

 

 

ChaupradeLivre_PhotoBrunoMorel.jpg Aymeric Chauprade, né le 13 janvier 1969, est un écrivain, politologue et géopoliticien français. Élève et disciple de François Thual, il se rattache comme lui au courant réaliste. Suite à la publication de la première édition de son ouvrage Chronique du choc des civilisations, il fut limogé sans ménagement de l’Ecole de guerre : un article de Jean Guisnel dans Le Point dénonça son chapitre introductif sur le 11-Septembre, trop complaisant avec les thèses "complotistes", et Hervé Morin, alors ministre de la Défense, le fit virer sur-le-champ. C’était en février 2009.

 

Aymeric Chauprade était le 24 août 2011 l’invité d’Emmanuel Ratier sur Radio Courtoisie, à l’occasion de la réédition (très augmentée, à 60% !) de son best-seller de géopolitique, déjà vendu à près de 20.000 exemplaires.

 

Petit balisage de cet entretien absolument passionnant

 

Après quelques minutes d’introduction, où il revient sur ses différentes fonctions professorales, puis les raisons de son éviction (9e-12e min), Chauprade s’exprime longuement sur le 11-Septembre et le "mythe" qui l’accompagne.

 

13e min : Il dit pourquoi le doute qu’il a exprimé est à ce point intolérable : "A partir du moment où on doute de la version officielle donnée par les autorités américaines, tout ce qui découle de cette version, de ce nouveau mythe fondateur, est invalidé."

 

14e min : Chauprade fustige le livre nullissime que Nicole Bacharan vient de sortir sur ce sujet, et plus généralement la mobilisation de l’émotion au détriment du raisonnement, dont les médias se rendent coupables lorsqu’ils parlent du 11-Septembre : "C’est la construction d’un mythe fondé sur l’émotion pour effacer la raison, pour effacer le raisonnement".

 

Remarque pertinente : les sceptiques usent bien souvent de leur raison, alors que les autres se cantonnent presque toujours dans le registre de l’émotion, ce qui rend le combat inégal :

 

"Ce sujet est très compliqué, car nous sommes à armes inégales : ceux qui cherchent à défendre - qu’ils aient tort ou raison - une autre interprétation d’une version officielle, établie, dominante, portée par les mass media, sont sur le registre de l’analyse ; ils analysent, essaient d’être dans la réfutation d’une thèse, au sens scientifique, en apportant des éléments fondés sur l’analyse rationnelle. En face, c’est le rouleau compresseur de l’émotion, qui écrase la raison..."

 

16e min : Chauprade nous livre la raison profonde de son combat, pourtant si rude, et peut-être perdu d’avance : "Il m’est absolument impossible de me respecter moi-même si je développe des raisonnements à partir de postulats que je considère comme faux."

 

20e min : Il insiste très pertinemment sur le fait que toute la géopolitique mondiale dépend aujourd’hui de l’interprétation que l’on fait du 11-Septembre. Pour les tenants de la version officielle, le monde est bipartite, scindé entre le camp du Bien, autour des Etats-Unis, et le camp du Mal, celui du terrorisme islamiste international, qui s’est substitué à l’Union soviétique.

 

Chauprade a une vision nuancée des relations internationales. Il ne nie aucunement l’existence de l’islamisme et "sa dimension jihadique inhérente, propre, autonome", mais il affirme qu’il a été "monté en puissance du fait du jeu de la CIA en particulier, et des outils du renseignement américain pendant la Guerre froide, et plus encore après la Guerre froide". "Le terrorisme, poursuit-il, est une fabrication essentiellement étatique, qui est exécuté par des opérateurs, des agents, souvent non-étatiques, mais qui est pensé, initié, piloté par des services de renseignement, quels qu’ils soient". Et de citer l’ISI, les services pakistanais, pour leurs opérations dans le Cachemire, ou la CIA pour sa stratégie de la tension en Italie dans les années 1970 et 1980 avec les réseaux Gladio.

 

25e min : Chauprade explique comment cette fabrication du terrorisme se passe pratiquement :

 

"Vous avez 2 ou 3 agents de la CIA, en l’occurrence, qui vont créer une cellule dans un milieu idéologique connu, qu’il soit d’extrême droite, d’extrême gauche... Ils s’infiltrent dans ces milieux, ils se font accepter tout en se faisant passer pour des militants idéologiques, et ils commencent à recruter des militants qui, eux, sont sincèrement des militants idéologiques, sur leur psychologie, pensant qu’ils peuvent les manipuler, et ils développent des cellules à l’intérieur desquelles les véritables militants idéologiques, d’extrême gauche, d’extrême droite ou islamistes, pensent sincèrement agir pour une cause de manière radicale, et ils vont aller poser des bombes, s’exposer eux-mêmes, alors que les initiateurs, le jour où la police arrête les exécutants, ont disparu dans la nature, et c’est exactement ce qui s’est passé avec les exécutants de l’attentat de la gare de Bologne..."

 

Le géopolitologue parle ensuite de "l’utilisation qui a été pensée, validée au plus haut niveau, depuis très longtemps, de l’islamisme comme un outil de guerre contre tous les compétiteurs géopolitiques des Etats-Unis, l’URSS durant la Guerre froide, mais aussi d’autres adversaires. Ça, c’était une politique officielle, validée au plus haut niveau, avec des services alliés comme les services pakistanais, les services saoudiens, et donc pendant la Guerre froide on s’appuyait sur ces cellules. Maintenant il faut distinguer cette politique de celle que j’appelle de l’Etat profond, c’est-à-dire un Etat dans l’Etat, qui s’est créé - à mon avis, c’est la thèse que je défends - dans l’appareil d’Etat américain."

 

 

27e min : Chauprade évoque ce thème mis en lumière par Peter Dale Scott dans La Route vers le nouveau désordre mondial, celui de l’Etat profond : "Dans l’Etat et les structures officielles, des réseaux se sont développés à travers le temps et sont passés en roue libre, de plus en plus, en commettant des actions qui n’étaient pas forcément validées par la chaîne hiérarchique jusqu’au plus haut niveau politique... On ne peut pas se représenter ce qui s’est passé si on ne comprend pas le concept d’Etat profond dans l’Etat officiel". Chauprade loue le travail "remarquable" de Peter Dale Scott.

 

29e min : Le géopolitologue considère ainsi qu’il est simpliste de dire que c’est la CIA - en tant qu’organisation officielle - qui commet des attentats ; il s’agirait plutôt d’une organisation dans l’organisation officielle...

 

Pour illustrer son propos, il remarque que lors des différents attentats qui ont touché l’Occident (le 11-Septembre, Londres...), des exercices anti-terroristes de grande ampleur menés par les structures officielles de renseignement et de sécurité étaient en cours :

 

"Dans le virtuel s’est lové le réel, et le réel a pu se produire parce qu’il y a des taupes dans l’Etat officiel, des réseaux organisés qui utilisent les moyens et qui jouent avec les exercices virtuels et les rendent en partie réels."

 

Et Chauprade de livrer l’exemple du 11-Septembre... rappelant que durant cette matinée, les contrôleurs aériens ont compté jusqu’à 21 avions détournés, ce à quoi plus personne ne comprenait rien : on ne savait plus distinguer le réel du virtuel, le vrai du faux.

 

Le 11-Septembre est ensuite replacé dans une perspective géopolitique plus vaste : il s’agirait, pour Chauprade, d’une tentative pour les Américains de reprendre la main sur une Histoire qui leur échappe.

 

31e min : Selon lui, les Etats-Unis, confrontés depuis la chute de l’URSS à la perspective d’un monde multipolaire, synonyme d’une perte mécanique de leur suprématie, ont accéléré leur stratégie d’unipolarité, de contrôle du monde et d’endiguement de leurs principaux adversaires géopolitiques (Chine, Russie), et de tout adversaire, y compris régional (comme le Vénézuela), qui pouvaient mettre un frein à leur stratégie de puissance, et ce par l’utilisation du terrorisme :

 

"Ces événements catastrophiques participent d’une volonté d’inversion de l’Histoire. On perd la main sur l’Histoire, on cherche à reprendre la main sur l’Histoire, en provoquant des catastrophes, qui permettent de réorienter l’Histoire, de reprendre la main dessus. On le fait notamment en frappant les consciences, par l’émotion, parce que les Américains contrôlent un outil essentiel, qui est celui de la guerre de l’information".

 

Les Américains disposent, non pas seulement du "hard power" (c’est-à-dire la puissance économique avec le dollar, et le pouvoir militaire avec la moitié du budget de défense mondial), mais aussi du "soft power" (le pouvoir de la culture), qui fabrique l’ennemi, façon Hollywood, le "bon" et le "méchant" (Milosevic, Kadhafi, Saddam Hussein...), toujours avec les mêmes grosses ficelles (les armes destruction massive, un peuple tout entier qui se dresse contre son dictateur...), et modèle les consciences.

 

Le terrorisme international serait utilisé, d’une part, comme un outil de "neutralisation des raisons, du raisonnement", et, d’autre part, comme "une arme de coalition" des alliés.

 

Dans la suite de l’émission, Chauprade évoque la crise financière, louant au passage le livre de Pierre Jovanovic sur Blythe Masters, et fustige l’oligarchie mondialiste.

 

"Les régimes sont quasiment tous oligarchiques, et les Etats-Unis sont gouvernés par une oligarchie WASP, d’autres origines dans les milieux de la finance... et cette oligarchie on peut l’opposer au peuple américain, qui travaille... Nous sommes en train de vivre la faillite de ce monde euro-atlantique, dominé par des oligarchies financières, mondialistes, la faillite des deux monnaies, dollar et euro : dollar parce que politique folle, euro car construction totalement artificielle. Cette faillite se produit au moment où la multipolarité géopolitique du monde s’installe, avec des puissances émergentes, la multipolarité monétaire, bref nous sommes dans un véritable changement du monde... Pour moi c’est la fin d’un monde."

 

Selon Chauprade, la mort de Ben Laden (sur laquelle il ne se prononce pas) signe la fin d’un cycle et probablement le début d’un autre, avec la possible création d’un nouvel ennemi à l’origine d’une nouvelle catastrophe (mais ce n’est qu’une hypothèse sur laquelle il reste prudent).

 

50e min : "La privatisation de la guerre est un point essentiel, qui nous ramène à ce que je disais à propos de la compréhension fine de ce que peut être le 11-Septembre. Si on ne prend pas en compte l’interaction profonde entre le privé et l’Etat officiel, entre l’aspect militaire privé et l’Etat officiel, on ne peut pas comprendre la substance de ce qu’est le terrorisme international aujourd’hui".

 

Comment Chauprade voit-il l’avenir ?

 

D’abord, "un épouvantail se prépare, parce qu’il a une importante fonction de mobilisation, coalisatrice autour des Etats-Unis". Ensuite, "je crois que les Etats-Unis, dans le cadre d’une stratégie visant à ruiner la multipolarité, et en particulier le rétablissement de la Russie et la croissance de la Chine, vont accélérer leur prise de contrôle des périphéries faibles, comme le monde arabe, les périphéries du monde russe et européen, là où il y a du pétrole, de l’énergie, et essayer, comme pendant la Guerre froide, où il y avait cette guerre par délégation dans le Tiers Monde entre l’URSS et les Etats-Unis, de la même façon les Américains, je crois, sont en train d’accélérer, par le changement de régime, la prise de contrôle des élites de demain des pays du Tiers Monde, pour éviter que ces élites puissent se tourner vers la Russie, la Chine, l’Inde, etc. Et ça, c’est un point capital. Ce qui est en train de se passer, les révolutions, le printemps arabe, comme dans toutes le révolutions, il y a une dimension spontanée, il y a de la frustration, il y a la fatigue des régimes, je ne suis pas en train de dire que les peuples soutenaient nécessairement les régimes en place, pas du tout, ce que je dis c’est qu’il y avait la fatigue, l’usure des régimes, et il y a les logiques qui ont allumé la mèche, et ce qui allume la mèche, c’est comme pour les révolutions colorées en 2003 en Géorgie, 2004 en Ukraine... je pense qu’il y a une dimension de révolution colorée en Tunisie, en Egypte, et dans la fabrication du soulèvement libyen à l’est..."

 

Autre enjeu essentiel de la géopolitique actuelle : le totalitarisme technologique des Etats-Unis

 

55e min : "On a de jeunes générations qui sont un peu tendues vers cet idéal, qui est une utopie, de la liberté totale par les nouvelles technologies à l’occidental, qui sont en réalité un leurre de totalitarisme, parce qu’ils sont en train de rentrer dans la gueule du loup : ils croient adhérer à la démocratie, mais ils sont en train d’entrer dans le totalitarisme invisible et mou du tout technologique, celui qui vous géolocalise à tout moment, à toute heure, vous réduit au rôle de numéro, et ça, c’est un enjeu essentiel de la géopolitique actuelle et qui, moi, me tient à coeur, parce qu’une des raisons fondamentales, au-delà de mon attachement à la civilisation européenne, à l’identité française et européenne, une des raisons fondamentales qui fait que je me battrai jusqu’au bout pour ce que je crois vrai, c’est que je pense qu’il y a vraiment un problème de totalitarisme, qui est le plus efficace parce qu’il n’est pas explicite, pas visible, qui est en train de s’installer à travers le pouvoir technologique des Etats-Unis."

 

"On est maintenant tracé, il y a une traçabilité des personnes, pas seulement des viandes congelées, c’est d’abord la traçabilité des personnes. Officiellement on fait des guerres pour exporter la démocratie et soi-disant libérer les peuples, et en réalité on est en train de participer à l’établissement d’un totalitarisme fondé sur la technologie, c’est un national-technologisme, concept sur lequel on devrait réfléchir... Heureusement qu’il y a les forces de la multipolarité pour lutter contre ça. Et même si ces forces me sont parfois étrangères en terme d’idéologie, moi je n’ai pas de sympathie particulière pour Chavez ou d’autres, mais ce qui est sain, c’est qu’il y ait une levée venant d’horizons idéologiques différents, de droite, de gauche, des forces multipolaires qui refusent cette unipolarité, parce que ça c’est la pire chose dans laquelle nous commençons à être encagés."

 

59e min : on interroge Chauprade sur Pearl Harbor et sa proximité avec le 11-Septembre. Il reste prudent, rappelant qu’il n’existe pas de consensus parmi les historiens sur le "laisser-faire" américain à Pearl Harbor. "Pour y avoir vraiment travaillé, j’ai une conviction très profonde sur le 11-Septembre, mais je n’ai pas suffisamment travaillé sur Pearl Harbor en tant qu’historien..." Il ne constate guère qu’une étrange régularité statistique, "une sorte de constante dans l’histoire américaine, où il y a un événement, une agression, et ensuite on déclenche une guerre..."

 

1h03 : Chauprade est interrogé sur la Russie, et considère que "l’élection de Poutine est au moins aussi importante que le 11-Septembre", car elle indique que nous prenons - sans doute irrémédiablement, quoi que fassent les Etats-Unis - la direction de la multipolarité.

 

1h07 : Chauprade considère que la phénomène géopolitique majeur auquel est confrontée l’Europe est la substitution de sa population.

 

1h09 : Quelques minutes sur la Chine... Si les Etats-Unis veulent contrôler les réserves mondiales de pétrole, ce n’est pas tant pour leur consommation, que pour contrôler celle des Chinois.

 

1h15 : Chauprade aborde le cas sensible de la Corée du Nord et de son arsenal nucléaire.

 

1h17 : Retour à la problématique de la "substitution de population en Europe de l’ouest", qui peut mener à "la fin de l’Europe". Chauprade espère un sursaut des Européens, mais avoue son pessimisme, tout en disant finalement croire à une réaction.

 

1h19 : Evocation du conflit libyen, de l’or, du gaz et du pétrole libyens, et de leur futur partage entre les puissances en guerre. Selon Chauprade, "c’est la guerre de Sarkozy" dont il compte tirer profit sur le plan intérieur. Il rappelle aussi que Sarkozy a rompu avec la tradition de la construction de l’Europe autour du couple franco-allemand, pour se rapprocher de l’Angleterre et faire primer la relation transatlantique.

 

***

 

Chauprade ne sait pas si ses analyses sont justes, il le pense mais n’en est pas sûr, il n’est pas un dogmatique. Je ne sais pas non plus si ce qu’il dit est juste. Mais ses analyses sont passionnantes, elles ont de quoi emporter la conviction, elles paraissent fondées, et méritent en tout cas d’être connues et débattues - loin de l’odieuse pensée unique qui règne sans partage dans notre microcosme politico-médiatique.

 

A écouter en complément : une autre récente intervention d’Aymeric Chauprade sur Radio Courtoisie, relayée par Hieronymus sur AgoraVox TV, également très riche, même si l’on y parle moins du 11-Septembre.

 

 

 


 

Publié sur AgoraVox TV

et sur realpolitik.tv

Malgré l'habitude, j'éprouve toujours un léger choc en écoutant traiter du 11-Septembre dans nos médias de masse. La dernière fois, c'était lors d'une émission d'Europe 1,"Les week-ends extraordinaires", diffusée le 17 juillet. Il est presque vain de décortiquer une nouvelle fois les détails de cette mal-information, cela a déjà été fait tant de fois (ici ou en ce qui me concerne)... et nos piètres "journalistes" ne nous lisent même pas, et ne se corrigeront donc pas : ils se contentent de lire les mails d'insultes qu'ils reçoivent (de leur propre aveu), mais ne prennent guère la peine de lire les analyses plus constructives de leur travail vraiment faiblard. J'irai donc vite.

JPEG - 27 ko
Cerveau cubique

L'émission, qui traite des théories du complot en général, dure 83 minutes, elle est disponible en intégralité sur le site d'Europe 1. La partie sur le 11-Septembre dure une vingtaine de minutes, que je fais précéder dans la vidéo ci-dessous de l'introduction de l'émission (environ 3 min 30), comportant un micro-trottoir et la présentation des invités.

 

 

 


La première chose qui frappe, c'est que le sujet du 11-Septembre n'est définitivement pas un sujet sérieux pour nos médias. Dans cette émission, il est abordé au milieu des Protocoles des Sages de Sion, de l'Homme qui n'aurait pas marché sur la Lune, des extraterrestres, des Reptiliens, ces créatures mi-hommes, mi-serpents qui domineraient en secret le monde... Bref, le 11-Septembre aujourd'hui, c'est un sujet qui ne se classe plus guère dans la rubrique "International" ou "Géopolitique" de nos journaux, mais bien dans la rubrique "Insolite" entre les dernières apparitions du monstre du Loch Ness et du Yéti.


Deuxième observation : tous les intervenants à cette causerie partagent, bien évidemment, le même point de vue. C'est ce que, dans les médias, on appelle communément un "débat" : 100% d'avis convergents, ce qui est une situation très naturelle, vous en conviendrez, et qui dénote une grande honnêteté intellectuelle... Sur Internet, le mot "débat" revêt heureusement un autre sens, dans la mesure où les flics de la pensée ne sont pas là à l'entrée pour sélectionner les privilégiés qui auront droit à la parole. Au total donc, 7 clones : les deux animateurs, Nicolas Carreau et Kady Adoum-Douass, formatés comme il convient sur une grande antenne comme Europe 1, Emmanuel Kreis, spécialiste du "complot judéo-maçonnique", Bernard Bourdeix, auteur du Grand livre des conspirations et de 2012 et les fins du monde, Rudy Reichstadt, fondateur de Conspiracy Watch et grand contempteur de toutes les théories du complot, Guillaume Dasquié, co-auteur avec Jean Guisnel (l'homme qui obtint la tête d'Aymeric Chauprade) de L’effroyable mensonge, et enfin la très compétente Nicole Bacharan, politologue, spécialiste de la société américaine et des relations franco-américaines, qui nous prépare pour la rentrée un ouvrage qui tombe à pic : Le 11 septembre. Le jour du chaos.


Des "extrémistes" qui n'aiment pas le débat...


Certains universitaires, à l'instar de l'Américain Cass Sunstein, s'inquiètent de ce que sur Internet les gens ont tendance à se retrouver par affinités, sur des sites où ils rencontrent d'autres gens qui pensent comme eux (spontanément on va en effet rarement sur des sites aux opinions très différentes des siennes), et cette similarité de points de vue (sans altérité aucune) est dangereuse, nous disent ces chercheurs, car elle permet, dans un premier temps, aux uns et aux autres de prendre confiance dans leurs positions (en se rendant compte qu'ils ne sont pas les seuls à penser ainsi, et qu'ils sont même nombreux), mais au final elle les radicalise, elle les rend de plus en plus "extrémistes" (chaque membre du forum confortant l'autre dans ses positions). Evidemment, dans le viseur de Sunstein et consorts, il y a les "déviants" : les "conspirationnistes", en premier lieu, mais aussi tous ceux qui, politiquement, ne se situent pas dans leur norme et s'en vont trop à gauche ou trop à droite.


Curieusement, ils ne se rendent pas compte que le même phénomène qu'ils dénoncent sur Internet a lieu tous les jours dans les médias de masse, comme dans cette émission d'Europe 1 précisément, où 7 individus de mêmes opinions se retrouvent ensemble, sans jamais rencontrer la moindre contradiction (qu'ils fuient manifestement), et, du coup, ont tendance à avoir de plus en plus d'assurance dans ce qu'ils pensent, et se radicalisent, devenant même intolérants envers les gens qui ne pensent pas comme eux, et qu'ils traitent aisément par le mépris et les sarcasmes. D'où l'intérêt du débat contradictoire, qui tend (rien n'est jamais sûr) à rendre plus intelligent, plus sceptique et plus tolérant, et qu'Internet permet heureusement parfois (sur AgoraVox en particulier), et que les médias de masse, eux, n'autorisent que fort rarement.


Dans cette émission d'Europe 1, on parle à la place des dits "conspirationnistes", on imagine en leur absence ce qu'il y a dans leurs têtes, sans songer un seul instant à en inviter un ou deux pour qu'ils le disent eux-mêmes (ce serait pourtant plus simple et fiable). Le seul point de vue divergent nous est offert lors d'un micro-trottoir, cet artifice démocratique qui veut donner l'impression qu'on intègre le public au "débat". D'un micro-trottoir il ne sort évidemment rien d'intéressant : demander à une personne que l'on accoste dans la rue de nous donner en 10 secondes son point de vue sur quelque sujet que ce soit, de préférence un sujet auquel elle n'a jamais vraiment réfléchi, c'est... sans intérêt, et n'a peut-être pour unique fonction que de nous montrer à quel point les "gens de la rue" sont bêtes et ont besoin du recours des experts lumineux présents en studio.

 

"Tel est pris qui croyait prendre"


L'expert désigné dans cette émission pour nous parler du 11-Septembre, c'est Guillaume Dasquié. En effet, le journaliste a consacré jadis un livre pour "démonter" le fameux ouvrage de Thierry Meyssan... Ainsi donc, toute réflexion sur la contestation du rapport de la Commission d'enquête sur le 11-Septembre prend immanquablement pour point de départ... Thierry Meyssan. Pourquoi donc ? Parce qu'il serait l'un des premiers, nous dit-on (avec l'Américain Lyndon Larouche), à avoir lancé une "théorie du complot" sur ce sujet. Comme d'habitude, on oublie de citer Hamid Gul, l'ancien directeur de l'ISI, qui accusait dès le 26 septembre 2001 le Mossad et la CIA... soit bien avant que Thierry Meyssan ne fasse parler de lui. Mais passons sur ce détail "exotique"...


Le problème avec l'argumentation de Dasquié, c'est qu'elle est biaisée d'un bout à l'autre. C'est que ce journaliste a les mêmes défauts que ceux-là mêmes qu'il dénonce, à savoir les "conspirationnistes". Fondamentalement, Dasquié reproche à ces derniers d'avoir une croyance et de l'étayer avec des faits soigneusement sélectionnés qui vont dans leur sens, en passant sous silence tous les autres faits qui pourraient contredire leur confortable conviction. Cette critique est parfaitement recevable (dans certains cas du moins), mais elle n'est recevable que si elle s'adresse honnêtement à tout le monde, c'est-à-dire aux "conspirationnistes" certes, mais aussi aux journalistes, dont il fait partie, et qui font systématiquement preuve du même travers : partir d'une croyance (fondée sur des bribes de savoir et de propagande) et ne retenir que les faits qui la confortent. Dasquié fait une critique hémiplégique ; là est son problème. Il s'empresse de pointer la brindille dans l'oeil de son voisin pour ne pas voir la poutre qui encombre le sien...

« Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'oeil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton oeil, tu ne la remarques pas ? Ou bien comment vas-tu dire à ton frère : Attends ! Que j'ôte la paille de ton oeil ? Seulement voilà : la poutre est dans ton oeil ! Homme au jugement perverti [hypocrite], ôte d'abord la poutre de ton oeil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l'oeil de ton frère. » (Evangile selon Mathieu)

Ainsi, il nous dit que l'idée selon laquelle aucun avion ne serait tombé sur le Pentagone ne peut être défendue que par quelqu'un qui vit loin des Etats-Unis, car aux Etats-Unis tout le monde connaît quelqu'un (qui connaît quelqu'un) qui a vu l'avion frapper le Pentagone. "Pour des gens qui vivent aux Etats-Unis, prétendre qu'il n'y a pas eu d'avion, c'est inconcevable", affirme-t-il de manière définitive. En gros, seul un Français loin du terrain peut croire à de telles sornettes... Sornettes ou pas, là n'est pas le problème. Le problème, c'est que l'argument de Dasquié n'en est pas un, puisque, de fait, de nombreux Américains ne croient pas qu'un avion de ligne soit tombé sur le Pentagone, à l'image du général Stubblebine... Pourquoi donc se réfugier derrière ce faux argument ? Pourquoi ne pas se contenter de rappeler l'existence de nombreux témoignages oculaires ? Pourquoi se sentir obligé de mentir, en prétendant qu'aucun Américain ne doute du crash sur le Pentagone - ce qui est absurde ?


Dasquié est repris le doigt dans le pot de confiture du mensonge quelques minutes plus tard, utilisant le même stratagème. Il nous affirme doctement que, concernant la chute des Tours, seuls les "architectes du dimanche" croient à une démolition contrôlée ; tous les gens sérieux, tous les experts, ont bien compris, eux, que la théorie officielle était vraie. Là encore, loin de moi l'idée de défendre quelque théorie que ce soit (ça ne relève pas de ma compétence), mais force est de constater que Dasquié divague et raconte n'importe quoi : une association regroupant plus de 1500 ingénieurs et architectes (professionnels, pas du dimanche) conteste la version officielle de la chute des Tours, et parmi ces experts, certains le sont spécifiquement en démolition contrôlée, comme Danny Jowenko (ce dernier serait décédé le 16 juillet 2011). Alors, pourquoi mentir ? Pourquoi faire croire aux ignorants qui écoutent avec confiance Europe 1 que tous les gens compétents soutiennent la version officielle ? C'est de la malhonnêteté pure et simple et de la désinformation.

 

Un "journaliste honnête" (mais je commence à me demander si ce n'est pas un oxymore) devrait dire qu'il n'y a - malheureusement - aucun accord entre les experts sur ce qui s'est passé le 11-Septembre, ce qui ne l'empêcherait pas (le cas échéant) de nous dire que, pour sa part, il juge plus crédible la version officielle qu'une autre ; mais il ne peut pas manipuler l'opinion en racontant que sa croyance est LA vérité dans la mesure où tous les experts la partagent - car c'est tout simplement faux. Je ne reproche pas à Dasquié et à ses 6 clones de croire dur comme fer à la version officielle, comme je ne reproche pas à certains de croire dur comme fer à telle ou telle théorie alternative ; ce que je ne supporte pas, c'est la malhonnêteté intellectuelle, c'est d'habiller sa foi de pieux mensonges. Le mieux étant selon moi de n'avoir aucune croyance, et de demeurer incertain tant que la preuve ultime n'est pas là. Et, dans cette attente, chercher la vérité, débroussailler telle ou telle piste qui nous paraît prometteuse, avec une ligne de conduite la plus droite possible, s'en tenir au vraisemblable, ne craignant surtout pas de revenir en arrière si l'on s'aperçoit que l'on a fait fausse route. La noblesse de l'esprit humain est dans sa quête de vérité ; sa bassesse, bien souvent, dans sa présomption à la posséder (cette attitude - forte seulement en apparence - n'étant que le symptôme de notre incapacité à assumer notre condition d'ignorance).


Oublis sélectifs


Nicole Bacharan est du même niveau que son confrère, qui vient nous dire que les "théories du complot" ont tendance à bouleverser les familles de victimes (qui s'en tiennent éloignées autant que possible), et que, pour sa part, elle n'a pas le souvenir d'avoir jamais vu l'une de ces familles questionner la version gouvernementale du 11-Septembre : "Je n'ai pas en mémoire que certains se soient exprimés pour dire que tout ça est louche", ose-t-elle lâcher. Il se peut en effet que ces théories blessent nombre de familles de victimes... mais comment cette experte des Etats-Unis, qui vient de surcroît d'écrire un livre sur le 11-Septembre, peut-elle nous dire qu'elle n'a pas connaissance d'une seule famille de victimes qui ait douté de la version officielle ? Alors que ce sont des familles de victimes - et notamment les Jersey Girls - qui sont à l'origine de la Commission d'enquête sur les attentats que Bush refusait au départ ! et nombre de ces familles critiquent aujourd'hui le rapport de cette Commission et réclament depuis des années une nouvelle enquête ! Nicole Bacharan pourra écouter - si elle daigne perdre 36 minutes de son précieux temps - le témoignage de l'une de ces personnes meurtries par les incohérences de la version officielle et la complaisance des médias, et dont elle n'a jamais entendu parler, Manny Badillo.

 

 

 

 

Bacharan, toujours dans ses oeuvres, vient ensuite nous dire - chose odieuse - que, dans ces "théories du complot", ceux qui sont accusés, ce sont... les victimes, à savoir les Américains. On frémit devant un tel amalgame. Aucune "théorie du complot", à ma connaissance, ne désigne "les Américains" comme les coupables. Certains dirigeants américains sont certes pointés du doigt (pour des raisons précises : plan du PNAC, etc.)... mais comment oser les confondre avec le peuple américain ? Il faut tout le culot ou la naïveté de Bacharan pour amalgamer une fraction de l'oligarchie d'un pays avec le pays tout entier et son peuple... Bacharan évoque qu'à l'origine de ces méchantes théories, il y a l'idée que les Etats-Unis sont "malfaisants" par essence. Autrement dit, les "conspirationnistes" pratiqueraient la diabolisation, procédé irrationnel et haineux... Une telle affirmation nous éloigne des raisons objectives, non pas de haïr, mais de craindre les Etats-Unis, dont les dirigeants ont menti au monde pour pouvoir agresser l'Irak (lors des deux guerres du Golfe) et amplifier de façon démesurée la menace d'Al-Qaïda. Ces mêmes dirigeants avaient aussi prévu, au lendemain du 11-Septembre, d'envahir pas moins de 7 pays en 5 ans, pour des motifs, on n'en doute pas, très humanistes...


Ethique et démocratie


Quant à Rudy Reichstadt, qui clôt cette réflexion sur le 11-Septembre, il reprend à son compte la critique déjà émise par Dasquié, celle du dogmatisme des "conspirationnistes", de la croyance qu'on s'est forgée, et qu'on essaie ensuite de défendre à tout prix, avec hargne, comme on défend son orgueil. Je dois dire que j'ai moi-même initié ma réflexion sur le 11-Septembre avec une telle critique du dogmatisme et l'éloge de la conversation telle que Montaigne l'avait définie : "Quand on me contrarie [contredit], on esveille mon attention, non pas ma cholere ; je m’avance vers celuy qui me contredit, qui m’instruit. La cause de la verité devroit estre la cause commune à l’un et à l’autre. […] Je festoye et caresse la verité en quelque main que je la trouve, et m’y rends alaigrement, et luy tends mes armes vaincues, de loing que je la vois approcher." (Essais, III, 8 "De l'art de conferer") C'était en 2006. Le seul ennui, là encore, c'est que le dogmatisme, lorsqu'il existe, n'est pas l'apanage des seuls "conspirationnistes", il est aussi largement partagé par ceux qui les combattent, à commencer par les journalistes. Rares sont ceux, quelles que soient leurs tendances, qui sont capables de se maintenir, debouts, sur la redoutable crête du doute, y cheminer - et qui peuvent même s'y sentir bien.

 

Au final, cette émission d'Europe 1 fut une catastrophe, certes bien banale, à plusieurs titres :

 

- amalgame d'un sujet des plus sérieux avec d'autres sujets qui le sont moins, parfois même délirants (les reptiliens)


- discussion à sens unique, excluant toute contradiction, et dénonciation d'un certain type de personnes en leur absence (comportement moralement très bas)

 

- manipulation dangereuse de l'opinion en prétendant fonder sa croyance personnelle sur un prétendu unanimisme chez les experts (incarnant la raison) et les familles de victimes (incarnant le sens moral)

 

- hémiplégie de la critique, consistant à pointer vigoureusement certains des défauts de ses adversaires pour mieux les ignorer chez soi-même


- quasi négation de l'existence des esprits rigoureusement sceptiques, tous amalgamés avec les "conspirationnistes paranoïaques"


Bref, du mauvais divertissement, le degré zéro de l'information et du débat, flirtant dangereusement avec la propagande et la désinformation. De telles pratiques constituent assurément un danger pour la démocratie que nous aspirons à construire.

 

Article publié sur AgoraVox

Oussama Ben Laden était le fondateur d'Al Qaïda, une organisation terroriste à laquelle fut attribuée la réalisation des attentats du 11 septembre 2001. Depuis 2002, la Qaïda n'était plus opérationnelle, selon Alain Chouet, chef du service de sécurité de la DGSE de 2000 à 2002, et Ben Laden avait disparu. Durant près d'une décennie, des apparitions vidéo et audio suggérèrent, sans absolument convaincre, qu'il était encore vivant. Pendant ce temps, les Etats-Unis menèrent leur "guerre contre le terrorisme" en délaissant la traque de Ben Laden. Soutenu dans les années 1980 par les Américains dans son combat contre les Soviétiques en Afghanistan, Ben Laden continua jusqu'en 2001 à être utilisé - indirectement - par les Etats-Unis pour des opérations de déstabilisation en Asie centrale. Suite au 11-Septembre, les Américains - en quête d'un nouvel ennemi depuis la fin de la Guerre froide - gonflèrent la menace d'Al Qaïda, selon Richard Labévière, afin de justifier le plus grand redéploiement militaire depuis la Seconde Guerre mondiale dans des zones stratégiques du Moyen-Orient.

 

Le 2 mai 2011, Barack Obama annonce la mort d'Oussama Ben Laden à Abbottabad au Pakistan, lors d'un raid, la veille, des Neavy Seals. On ne tarde pas à nous apprendre que "l'ennemi public numéro un", pourtant inactif depuis une décennie, préparait des attentats aux Etats-Unis pour le dixième anniversaire du 11-Septembre. L'extrême confusion de la communication américaine sur le déroulement de l'assaut contre Ben Laden, comme l'annonce de l'immersion rapide de son corps dans la mer, prolongée par celle qu'aucune photo du cadavre ne serait diffusée, ont nourri un fort sentiment de défiance dans l'opinion publique, qui a pu s'exprimer massivement sur Internet. La plupart de nos médias ont immédiatement diagnostiqué une épidémie de conspirationnite aiguë. Tout occupés à jouer les médecins de l'âme, ils en ont parfois oublié de jouer les journalistes, omettant même de poser sur Ben Laden une question essentielle...

La chasse aux "complotistes" est donc lancée dans les médias, comme le remarquait très pertinemment Hicham Hamza dès le 3 mai : quiconque ose publiquement se poser des questions sur l'assassinat annoncé d'Oussama Ben Laden par les forces spéciales américaines est désormais qualifié de "théoricien du complot". Véronique Sanson en a fait les frais, en affichant ses doutes sur le plateau du Grand Journal, l'un des centres les plus réputés de l'Inquisition médiatique. Tariq Ramadan a également eu le mauvais goût de se questionner sur i>Télé devant Jean-Charles Brisard. Ce sont là des choses qui ne se font pas. La sanction fut immédiate...

 

Mais, à leur suite, ce sont tous les internautes qui ont osé émettre le moindre soupçon qui ont subi le même sort (ils commencent à en avoir l'habitude, remarquez...). Les médias, comme un seul homme, y sont allés de leur ironie habituelle et méprisante. Si quelques analyses remontent parfois le niveau (le journaliste Bruno Fay, auteur de Complocratie, est régulièrement convoqué), on en reste le plus souvent au stade de la moquerie, dans des articles qui semblent avoir tous été fabriqués dans le même moule, le même prêt-à-penser. Petit florilège :

 

- Le Monde : La mort d'Oussama Ben Laden relance les thèses conspirationnistes

- Le Figaro : Ben Laden : Obama face à la théorie du complot

- Le Nouvel Observateur : Mort de Ben Laden : "les théories du complot vont exploser"

- TF1 : Ben Laden n'est pas mort : les théories du complot abondent

- Slate : Le jour où Ben Laden n'est pas mort

- Le Post  : Mort de Ben Laden : complotistes de tous les pays, unissez-vous !

- France 24 : Ben Laden, Roswell et Elvis

- Libération : Ben Laden rejoint Roswell et Elvis

- Libération : "L'image ne peut pas arrêter le doute"

- L'Express : "On nous ment" sur la mort de Ben Laden

- Marianne 2 : Plus complotiste que moi, tu meurs !

- Affaires stratégiques : Mort de Ben Laden : « Tous les ingrédients sont réunis pour que les citoyens doutent de la version officielle. »

 

Le paradoxe, dans ces tentatives d'analyses du soi-disant phénomène "conspirationniste", c'est que, si tous nos médias le raillent et le condamnent, ils le justifient aussi bien souvent, en invoquant plusieurs facteurs : 1° de vrais complots ont bel et bien existé ; 2° les politiques mentent (trop) souvent ; et 3° la circulation de plus en plus rapide des informations (notamment avec Internet) empêche les médias de toutes les vérifier et de les creuser. Autant de facteurs qui créent un doute légitime chez les citoyens.


Ainsi, Régis Soubrouillard, dans Marianne 2, cite l’anthropologue Georges Marcus, selon lequel "plusieurs décennies de mauvaises habitudes gouvernementales et le climat paranoïaque rendent aujourd’hui « raisonnable » une lecture conspirationniste du monde". Selon Soubrouillard, "c’est toute la perversité du système. La théorie du complot trouve son assise sur l’existence de complots réels, fomentés dans le plus grand secret des opinions publiques. Dès lors, le complot devient la vérité rationnelle." Les gouvernements seraient donc en partie responsables du mal qu'ils dénoncent... mais aussi les médias, comme le dit bien Bruno Fay au Nouvel Obs :

"C'est toute cette société de désinformation et de mal information, d'où qu'elle vienne, des milieux privés, politiques, médiatiques, qui nourrit cette crise de confiance. C'est le problème de notre époque, dans laquelle l'information circule rapidement et où les médias n'ont plus le temps de vérifier et de creuser. Cela laisse la place à toutes les interprétations, d'autant plus que le temps de la justice ne correspond plus au temps de l'information. Impatients, les citoyens vont donc chercher la vérité ailleurs. On est tous un peu "conspirationniste" dans un sens. [...] Les seuls qui pourraient corriger le tir, outre les médias, ce sont les autorités politiques, économiques et spirituelles qui doivent éviter de prêter le flanc à des interprétations multiples en dissimulant des vérités, voire en manipulant les faits."

Tous conspirationnistes ? Non, tous citoyens !


Si les médias se moquent des "Sherlock Holmes du Web" (ou "Sherlock 2.0") que nous sommes, c'est peut-être pour ne pas se remettre eux-mêmes en question (ce qu'ils répugnent à faire), car, comme nous l'avons vu, l'une des causes majeures du doute, c'est la circulation rapide de quantité d'informations (souvent contradictoires) que les médias ne vérifient jamais. L'implication de l'ISI dans le 11-Septembre, affirmée de manière tout à fait catégorique par certains médias de renom dans le monde, dont France Inter, mais ignorée totalement par la grande majorité des autres, en est un exemple parfait - qui laisse les journalistes citoyens dans l'embarras, sans en faire des "conspirationnistes".


Car, contrairement à ce que Taverne proclamait dans un très bon article publié le 5 mai sur AgoraVox et à ce que certains pseudo journalistes voudraient lui faire croire, il n'est pas un "complotiste", seulement un citoyen qui daigne encore raisonner, refuse l'infantilisation devenue coutumière dans les médias, et même la psychiatrisation du débat avec cette utilisation de plus en plus systématique du néologisme "conspirationniste" (qui bien souvent conduit les gens au silence). Il le dit d'ailleurs lui-même très bien en conclusion de son article : "Je suis un citoyen pensant qui réclame simplement la transparence et la vérité. Je veux qu'on l'on s'adresse à mon intelligence et à ma bonne volonté. Pas à ma foi de crédule." Les journalistes-inqusiteurs demandent aux petits enfants que nous sommes à leurs yeux de croire, en effet, d'avoir la foi - foi dans les gouvernements, le messie Obama, et eux-mêmes bien sûr. Mais leurs injonctions n'y changeront rien : nous n'avons plus la foi, et n'avons pas vocation à la retrouver.


Internet change la donne, il aiguise l'esprit critique, plonge les médias traditionnels dans un grand bain d'acide, sous le regard de milliers de citoyens en éveil (plus ou moins capables, plus ou moins raisonnables), qui aspirent à prendre en commun le contrôle de l'information qui modèlera de manière décisive leur conscience. Sans sombrer dans le doute hyperbolique et fou, chaque journaliste citoyen reçoit désormais, comme il se doit, toute information avec méfiance et, par le travail collaboratif - dans lequel, tôt ou tard, les médias devront rentrer (sous peine d'être disqualifiés) - tente d'y voir plus clair. L'ère médiatique que nous quittons était celle de la croyance et de la simplicité (trompeuse), celle qui s'est ouverte avec le Web 2.0 est celle du raisonnement collectif et d'une incertitude certes accrue, mais consciente d'elle-même, et qui ouvre la voie, on peut l'espérer, à une démocratie adulte.


Nous renouons ici avec de grands idéaux de la période révolutionnaire. Ainsi, le Cercle social, un club autour duquel gravitent en 1790-1791 des figures comme Brissot, Condorcet ou Lanthenas, se propose d'être l'agent d'une "vigilance inquiète et journalière". Dans un de ses premiers manifestes, le Cercle social écrit : "Le pouvoir de surveillance et d'opinion (quatrième pouvoir censorial, dont on ne parle point) en ce qu'il appartient également à tous les individus, en ce que tous les individus peuvent l'exercer eux-mêmes, sans représentation, et sans danger pour le corps politique, constitue essentiellement la souveraineté nationale". Pierre Rosanvallon, dans La contre-démocratie, écrit à ce titre : "Veiller, être en état d'alerte, être sur ses gardes sont des attributs essentiels de la citoyenneté" (p. 39). Et le philosophe Alain, dans ses Propos sur les pouvoirs, ne proposait-il pas cet idéal d'un citoyen méfiant ? "Je voudrais que le citoyen restât inflexible de son côté, inflexible d'esprit, armé de défiance, et toujours se tenant dans le doute quant aux projets et aux raisons du chef" (Alain, Propos sur les pouvoirs, Paris, Gallimard, "Folio", 1985, p. 161). Alain eut-il été traité de "conspirationniste" aujourd'hui ?


Les médias, relais aveugles de la propagande


Nos médias sont incorrigibles, ils n'apprennent pas de leurs erreurs passées. Trompés régulièrement par les gouvernements, ils continuent sans moufter de relayer leur propagande... avant, au bout de quelques années, de faire parfois leur mea culpa. Chacun a en mémoire la campagne inouïe de propagande au sujet des armes de destruction massives irakiennes, dont quasi tous les médias se sont faits les complices, avant de reconnaître leur aveuglement.

 



 

On se souvient que Tony Blair avait accusé de "conspirationnisme" tous ceux qui prétendaient que la guerre en Irak avait le moindre rapport avec la volonté de tirer profit du pétrole de ce pays ; les médias se rangeaient majoritairement derrière le Premier ministre britannique... jusqu'à ce que, très récemment, ne sortent les preuves irréfutables qui conduisirent certains médias à réajuster leur discours. Ainsi, Slate se faisait-il, le 19 avril 2011, le relai des révélations du quotidien britannique The Independent :

"Une « guerre pour du pétrole », pour les deuxièmes plus grosses réserves d’or noir au monde : cette image à laquelle est associée l’invasion alliée en Irak en 2003 se révèle partiellement confirmée par le quotidien britannique The Independent, qui dévoile des documents gouvernementaux selon lesquels Londres a discuté les sujets énergétiques avec les majors du secteur avant l’opération. Des pièces obtenues grâce à une demande faite au nom du Freedom of Information Act par l'activiste Greg Muttitt. [...] The Independent rappelle que Shell avait décrit en 2003 des informations faisant état de discussions avec le gouvernement de « hautement erronées », que BP avait démenti tout « intérêt stratégique » en Irak et que Tony Blair avait estimé que la « théorie du complot pétrolier » était « la plus absurde qui soit ». Le quotidien évalue aujourd’hui à plus de 400 millions de livres sterling (450 millions d’euros) le profit annuel réalisé dans le champ pétrolier de Rumaila par BP et le chinois CNPC, qui y ont une entreprise commune."

L'histoire de ces manipulations, complaisamment relayées par les médias, serait trop longue à faire ici, et nous renvoyons à l'excellent article d'Ignacio Ramonet "Mensonges d'Etat", publié en juillet 2003 dans Le Monde diplomatique (j'en recommande fortement la lecture). S'y trouve évoquée l'officine secrète au sein du Pentagone, le Bureau des plans spéciaux (Office of Special Plans, OSP), qui joua un rôle déterminant dans la "gigantesque manipulation" précédant la guerre en Irak. Ramonet insiste bien sur la responsabilité écrasante des médias dans la réussite de cette opération. L'ancien directeur du Monde Diplo met bien en évidence que la manipulation de l'opinion publique fait partie intégrante de la politique américaine :

Depuis la victoire controversée de M. Bush à l’élection présidentielle de novembre 2000, la manipulation de l’opinion publique est devenue une préoccupation centrale de la nouvelle administration. Après les odieux attentats du 11 septembre 2001, cela s’est transformé en véritable obsession. M. Michael K. Deaver, ami de M. Rumsfeld et spécialiste de la psy-war, la « guerre psychologique », résume ainsi le nouvel objectif : « La stratégie militaire doit désormais être pensée en fonction de la couverture télévisuelle [car] si l’opinion publique est avec vous, rien ne peut vous résister ; sans elle, le pouvoir est impuissant. »
 Dès le début de la guerre contre l’Afghanistan, en coordination avec le gouvernement britannique, des centres d’information sur la coalition furent donc créés à Islamabad, Londres et Washington. Authentiques officines de propagande, elles ont été imaginées par Karen Hugues, conseillère médias de M. Bush, et surtout par Alistair Campbell, le très puissant gourou de M. Blair pour tout ce qui concerne l’image politique. Un porte-parole de la Maison Blanche expliquait ainsi leur fonction : « Les chaînes en continu diffusent des informations 24 heures sur 24 ; eh bien, ces centres leur fourniront des informations 24 heures par jour, tous les jours... »

Le 20 février 2002, le New York Times dévoilait le plus pharamineux projet de manipulation des esprits. Pour conduire la « guerre de l’information », le Pentagone, obéissant à des consignes de M. Rumsfeld et du sous-secrétaire d’Etat à la défense, M. Douglas Feith, avait créé secrètement et placé sous la direction d’un général de l’armée de l’air, Simon Worden, un ténébreux Office de l’influence stratégique (OIS), avec pour mission de diffuser de fausses informations servant la cause des Etats-Unis. L’OIS était autorisé à pratiquer la désinformation, en particulier à l’égard des médias étrangers. Le quotidien new-yorkais précisait que l’OIS avait passé un contrat de 100 000 dollars par mois avec un cabinet de communication, Rendon Group, déjà employé en 1990 dans la préparation de la guerre du Golfe et qui avait mis au point la fausse déclaration de l’« infirmière » koweïtienne affirmant avoir vu les soldats irakiens piller la maternité de l’hôpital de Koweït et « arracher les nourrissons des couveuses et les tuer sans pitié en les jetant par terre  ». Ce témoignage avait été décisif pour convaincre les membres du Congrès de voter en faveur de la guerre...

 

Officiellement dissous après les révélations de la presse, l’OIS est certainement demeuré actif. 

 

 

A l'heure qu'il est, aucune information digne de ce nom, c'est-à-dire vérifiée, n'a pu être apportée qui prouverait que Ben Laden a bel et bien été tué le 1er mai 2011 par les Navy Seals. Et, à défaut d'information, on offre du spectacle, qui vient recouvrir l'absence d'information. Régis Soubrouillard déplore "cette tendance à produire de la communication (mort annoncée de la femme de Ben Laden, photo de Ben Laden, disparition du cadavre, superficie et valeur de sa maison, interview des voisins, etc. ), du spectacle avant d’avoir accès à de « véritables » informations, vérifiées, recoupées, validées. Qui seront elles aussi d’ailleurs toujours sujettes à caution. Faute d'informer on amuse la galerie". Et le journaliste de Marianne de citer Guy Debord dans La société du spectacle : « Le secret généralisé se tient derrière le spectacle, comme le complément décisif de ce qu’il montre. Le gouvernement du spectacle, qui à présent détient tous les moyens de falsifier l’ensemble de la production aussi bien que de la perception, est maître absolu des souvenirs ».


Pour rappel, voici ce que relatait Ron Suskind, ancien éditorialiste au Wall Street Journal et auteur de plusieurs enquêtes sur la communication de la Maison Blanche, d’une conversation qu'il avait eue en 2002 avec un responsable politique américain de haut niveau, probablement Karl Rove :

« Il m’a dit que les gens comme moi faisaient partie de ces types “appartenant à ce que nous appelons la communauté réalité” [the reality-based community] : “Vous croyez que les solutions émergent de votre judicieuse analyse de la réalité observable.” J’ai acquiescé et murmuré quelque chose sur les principes des Lumières et l’empirisme. Il me coupa : “Ce n’est plus de cette manière que le monde marche réellement. Nous sommes un empire maintenant, poursuivit-il, et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez cette réalité, judicieusement, comme vous le souhaitez, nous agissons à nouveau et nous créons d’autres réalités nouvelles, que vous pouvez étudier également, et c’est ainsi que les choses se passent. Nous sommes les acteurs de l’histoire. (...) Et vous, vous tous, il ne vous reste qu’à étudier ce que nous faisons”. »

Christian Salmon, auteur de Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, commente ces propos sidérants : "Ils affichent une nouvelle conception des rapports entre la politique et la réalité. Les dirigeants de la première puissance mondiale se détournent non seulement de la realpolitik, mais aussi du simple réalisme, pour devenir créateurs de leur propre réalité, maîtres des apparences, revendiquant ce qu’on pourrait appeler une realpolitik de la fiction."


La dernière réécriture de l'histoire sera la bonne...


Ne tirant pas les leçons du passé, et sans la moindre information authentifiée, les médias du monde entier se sont pourtant amusés ces derniers jours à produire des reconstitutions de l'assaut contre Ben Laden en images de synthèse, en bons petits soldats de la propagande qu'ils ont toujours été :

 

 

Comme différentes versions de l'assaut ont été données, on trouve logiquement différentes versions de ces petits films animés : certains montrent Oussama Ben Laden tirant sur les soldats américains avant de se faire refroidir, d'autres le montrent planqué derrière sa femme, qui se fait trucider à cause de lui... Les versions de la presse les plus actualisées, le décrivant désarmé, n'ont bizarrement pas donné lieu à des jeux vidéos... La toute dernière, émanant de sa fille de 12 ans, ventriloquée par un agent des services de sécurité pakistanais, fait même un peu désordre, puisqu'elle affirme que Ben Laden aurait été capturé vivant, fait prisonnier, avant d'être liquidé froidement. Pire : "Un responsable pakistanais a rejeté la version américaine décrivant un combat sanglant : « Pas une seule balle n'a été tirée de la résidence en direction des forces américaines. Leur hélicoptère a rencontré une panne technique, s'est écrasé et l'appareil a été laissé sur place ». [...] L'armée américaine a reconnu ne pas avoir trouvé d'armes dans la résidence". Cette dernière version (avant la prochaine) est surréaliste : elle indique que les soldats américains auraient commis un massacre, face à des hommes sans défense. Il est vrai que sur les seules photographies du carnage rendues publiques par Reuters, on n'aperçoit qu'un pistolet à eau orange et vert... 


Une telle cacophonie dans les versions de l'assaut est peu compréhensible si l'on se souvient que le président des Etats-Unis était censé le regarder en direct, et que les combattants au sol étaient censés filmer leurs actions avec des caméras fixées sur leurs casques ; mais cette version initiale est (on pouvait s'y attendre) en train de changer : le directeur de la CIA Leon Panetta a en effet révélé, le 6 mai, que les caméras qui filmaient toute la scène ont été coupées durant les 25 minutes du raid à l'intérieur de la maison de Ben Laden. C'est vraiment pas de bol...

 

Le Monde prend acte des variations déroutantes dans le discours des autorités américaines...

Lundi, version 1 : Ben Laden vivait dans une luxueuse villa évaluée à 1 million de dollars. Il aurait été tué lors d'un échange de tirs nourris, et il aurait utilisé une femme, la sienne, comme bouclier humain, qui aurait également été tuée. Mardi, version 2 : Ben Laden n'était pas armé, et n'a pas utilisé sa femme comme bouclier : elle s'est jetée au devant des assaillants. Elle n'est pas morte mais blessée à la jambe. Mercredi, version 3 : il n'y a pas eu d'échange de tirs. Seul un des messagers de Ben Laden, qui vivait dans la villa, a ouvert le feu dans les premières minutes de l'attaque et a été rapidement abattu. Il est le seul résident à avoir tiré sur les commandos.

... mais c'est pour mieux stigmatiser ces fameux "conspirationnistes", autrement dit, nous tous, dans la mesure où nous n'avons n'a pas encore complètement renoncé à utiliser notre cerveau : "la mémoire collective oublie, la plupart du temps, les cafouillages initiaux pour ne retenir que l'ultime version officielle. Sauf bien sûr chez les adeptes des théories du complot". Bel éloge de l'oubli collectif, qu'Internet rend heureusement obsolète... Pour Le Monde, les versions successives d'un événement relèvent nécessairement du cafouillage - naïveté confondante - et la version ultime donnée par les autorités est toujours la bonne ; il n'y a donc qu'à attendre sagement (sans enquêter), et la lumière céleste finira par descendre sur terre, par la grâce des storytellers de la Maison Blanche. Amen. 


Pourtant, rien n'est moins sûr. Ainsi, la version officielle - qui ne varie pas pour le moment et que tous les médias répercutent - concernant la façon dont les Américains seraient remontés jusqu'à Ben Laden, nous parle d'un "messager" du chef d'Al Qaïda qui aurait été repéré par les Américains, suite aux révélations d'un détenu de Guantanamo (la prison et ses interrogatoires musclés se trouvant de la sorte justifiés). Or, pas plus tard que le 3 mai, sur le plateau de C dans l'air, trois spécialistes, Alexandre Adler, Gérard Chaliand et Frédéric Pons, affirment que, de toute évidence, cette version relève de la "légende", c'est-à-dire qu'il s'agirait d'un mensonge, certes pas très éloigné de la vérité, mais qui permettrait de cacher une réalité qu'on ne souhaite pas dévoiler ; en l'occurrence, d'après nos trois observateurs, que ce sont les Pakistanais qui auraient accepté de livrer Ben Laden aux Américains, en échange de garanties concernant l'avenir de l'Afghanistan. Si Le Monde nous incite à croire la dernière parole officielle, d'autres préfèrent tout de même nous mettre en garde.


L'information manquante


Depuis l'annonce de la mort d'Oussama Ben Laden le 2 mai, je me pose une question, et une seule en vérité, qu'aucun média ne semble se poser. Elle est pourtant évidente, et pourrait bien briser la "légende" qu'on est en train de nous concocter. Comment diable Ben Laden a-t-il pu survivre durant presque dix ans dans la clandestinité en devant, chaque semaine, subir plusieurs dialyses ? Cherchez bien ce qu'en disent les médias : rien, nada, que dalle. 20 Minutes consacre bien un article à la manière dont Ben Laden vivait dans sa résidence d'Abbottabad ; mais si l'on nous parle bien de ses shampoings, de ses sodas américains ou de ses ordures ménagères, pas un mot sur un quelconque appareil de dialyse retrouvé dans l'enceinte de sa vaste demeure.

Seul le journaliste Richard Labévière a évoqué ce problème, mais sans aller au bout de la réflexion qu'il doit susciter :

 

 

Labévière nous apprend que Ben Laden n'avait plus qu'un rein et était sous dialyse depuis 1985. Ses problèmes de santé, notamment rénaux, sont connus depuis longtemps : alors qu'en janvier 2002, le président pakistanais Pervez Musharraf avait annoncé la mort probable du chef d'Al Qaïda, un membre de l’administration Bush avait renchéri en confiant qu'il avait besoin d’une dialyse tous les trois jours (même si d’autres officiels américains ne voyaient dans ces problèmes rénaux qu’une "rumeur récurrente"). Le 28 janvier 2002, CBS avait rapporté que, le 10 septembre 2001, Ben Laden se faisait soigner dans un hôpital militaire à Rawalpindi pour une dialyse des reins, escorté par l’armée pakistanaise. Le 2 juillet 2001, un quotidien indien affirmait que "Ben Laden, qui souffre de déficience rénale, a régulièrement été placé sous dialyse dans un hôpital militaire de Peshawar alors que l’Inter-Services-Intelligence (ISI) en avait connaissance et l’approuvait, voire avec l’accord [du président pakistanais] Musharraf lui-même". La lettre d’information Jane’s Intelligence Digest du 20 septembre 2001 allait dans le même sens : "Les autorités pakistanaises ont apporté des soins médicaux au souffrant Ben Laden, notamment des dialyses rénales, dans un hôpital militaire de Peshawar." Et l’on se souvient du fameux séjour de Ben Laden à l’hôpital américain de Dubaï, du 4 au 14 juillet 2001, dans le département d’urologie du Dr Terry Callaway, spécialiste des calculs rénaux, où il avait reçu la visite, le 12 juillet, du chef d’antenne locale de la CIA, Larry Mitchell (Le Figaro, RFI).


"Réfléchissez-y un peu, nous demande Paul Craig Roberts, sous-secrétaire au Trésor dans l'administration Reagan. Quelles sont les chances qu’une personne souffrant d’une maladie des reins demandant une dialyse quotidienne, étant de plus affligée de diabète et d’une basse tension artérielle, puisse survivre dans des cachettes montagneuses pendant une décennie ?" Et si Ben Laden a bel et bien vécu à Abbottabad durant cinq ans jusqu'au 1er mai 2011, comment a-t-il bien pu suivre des soins aussi astreignants ? Le site Doctissimo nous éclaire quelque peu sur le caractère contraignant d'une dialyse :

On distingue deux grands types de dialyse.

L’hémodialyse ou filtration externe

Si l'hémodialyse est choisie, le patient doit se rendre trois fois par semaine dans un établissement de soins public ou privé (le plus souvent), ou dans une unité de dialyse médicalisée, ou encore une unité d'autodialyse ou d'autodialyse assistée (pour des malades plus autonomes et formés à la technique). Plus rarement certains patients suivront leur traitement à son domicile. Cette technique impose un "accès vasculaire permanent" ou fistule artéro-veineuse, généralement au niveau du bras. Elle est créée chirurgicalement en connectant une artère et une veine du bras. [...]

 

La dialyse péritonéale

Contrairement à l’hémodialyse, la dialyse péritonéale est pratiquée le plus souvent par le patient lui-même à son domicile. Elle ne nécessite pas d’appareillage très sophistiqué mais un apprentissage cependant rigoureux. Elle utilise les capacités naturelles de filtration du péritoine (une membrane qui enveloppe l’intérieur de la cavité abdominale et le tube digestif). Une intervention chirurgicale est nécessaire afin de mettre en place un cathéter en plastique souple dans l’abdomen. Lors de la dialyse, c’est via ce cathéter que le liquide de dialyse (ou solution fraîche) est injecté dans la cavité péritonéale. C’est par là ensuite que le liquide chargé de déchets (ou dialysat) et la surcharge en eau sera drainée hors de l’organisme.

La première technique "nécessite de passer 4 à 6 heures plusieurs fois par semaine dans un centre de dialyse" ; "les malades consacrent près d’un tiers de leur temps d’éveil à leur traitement". Concernant la deuxième technique, elle "nécessite chez soi un emplacement suffisant pour stocker le matériel et les solutés nécessaires." "Certaines personnes supportent mal l’idée d’un tuyau qui sort de leur ventre mais qui est nécessaire pour cette technique", précise encore Doctissimo.

 

Ben Laden avait-il un tuyau qui sortait de son ventre ? C'eut été facile à vérifier si le corps avait été rendu disponible. Sa maison abritait-elle un appareil de dialyse ? Ce ne semble pas difficile à vérifier, et personne, pour l'heure, n'en a fait état. Il est probable donc que la réponse soit non. D'ailleurs, à en croire le témoignage d'un habitant du quartier de Bilal Town, aucun médecin ne venait jamais dans cette maison : "Aucun médecin ne leur rendait visite, selon lui, alors que l'on disait Ben Laden malade des reins au point d'être sous dialyse", remarque-t-on dans Le Parisien. Autant dire que la probabilité que Ben Laden ait effectué ses soins à domicile apparaît pour le moment faible.


S'est-il donc rendu plusieurs fois par semaine dans un hôpital pour y être traité ? A en croire l'une des femmes de Ben Laden, Amal al-Sadah, qui se serait confiée aux enquêteurs pakistanais, "le chef d’Al-Qaïda n’avait pas quitté sa dernière résidence pakistanaise une seule fois au cours des cinq dernières années". Elle précise même qu'il aurait vécu uniquement dans deux pièces (sur six) de la maison, situées au même étage. Ce témoignage est évidemment sujet à caution, mais si on le prend un instant au sérieux, il faudrait exclure l'idée que Ben Laden soit très régulièrement sorti à l'extérieur pour se faire soigner, alors même que sa survie l'exigeait.


Si l'on récapitule : Ben Laden est sous dialyse depuis 1985, il vit dans la clandestinité depuis dix ans (poursuivi, nous dit-on, par la plus puissante armée du monde) ; depuis cinq ans il vivait enfermé dans deux pièces d'une maison quasiment vide, d'où il ne sortait jamais, et où aucun médecin ne rentrait non plus. Question : comment s'est-il soigné ? comment a-t-il pratiqué ses deux ou trois dialyses hebdomadaires ?

 

Quatre possibilités : 1° Ben Laden bénéficiait d'un matériel dans sa maison dont personne n'a encore parlé ; 2° il était très régulièrement escorté par les services secrets pakistanais dans un hôpital pour bénéficier de ses soins éprouvants ; 3° il est mort depuis déjà bien longtemps, comme l'ont prétendu diverses sources : le FBI (qui, en juillet 2002, ne parlait certes que de mort "probable"), le journaliste iranien Amir Taheri dans le New York Times, plus catégorique, qui précisait que la mort remontait à décembre 2001 et que le chef d'Al-Qaïda était enterré dans les montagnes du sud-est de l'Afghanistan, Steve R. Pieczenik, vice-assistant au secrétaire d’Etat américain sous les administrations Nixon, Ford et Carter, qui prétend que Ben Laden est mort du syndrome de Marfan peu après le 11-Septembre à Tora Bora, ou encore un important officiel taliban, qui affirmait, le 26 décembre 2001, que le Saoudien était mort, naturellement et calmement, dix jours auparavant, des suites de graves problèmes pulmonaires (compatibles avec le syndrome de Marfan), ajoutant même qu'il avait assisté à ses funérailles ; 4° Ben Laden n'a jamais été malade des reins et n'a jamais eu besoin de dialyse - tout ceci n'était qu'une rumeur.


Nous attendons avec impatience que cette question fondamentale soit enfin soulevée, une semaine après l'annonce de la mort de "l'homme le plus recherché du monde", et de préférence avant que le flot impétueux de l'information n'emporte définitivement le fantôme Ben Laden dans l'oubli collectif dont certains rêvent... mais qui, à l'heure d'Internet et des citoyens vigilants, n'est plus qu'un vain espoir. Nous n'oublierons rien.

 

Article publié sur AgoraVox

 

-------------------------------------------------------

 

MAJ :

 

Le New York Times du 7 mai évoque le problème de la dialyse. Selon la plus jeune femme de Ben Laden, son mari était en parfaite santé, il s’était bien remis de deux opérations des reins pratiquées au moins dix ans auparavant dans le sud de l’Afghanistan, en partie grâce à des remèdes fait maison, et notamment... de la pastèque ! 

 

"Contrary to a widely held belief that Bin Laden was on dialysis to treat a kidney ailment, Pakistani investigators said last week that his youngest wife told them he was healthy. “He was neither weak nor frail,” one of the investigator quoted the wife as saying. She told them, they said, that Bin Laden had recovered from two kidney operations a decade or more ago in southern Afghanistan, in part by using homemade remedies, including watermelon."

 

Des informations de nouveau contradictoires sur la santé de Ben Laden :

 

"Selon une source d’Abbottabad, « on savait qu’un homme qui habitait dans cette maison était très malade depuis longtemps et qu’un médecin particulier le suivait  »." (La Croix, 2/05/2011)

 

"Selon certaines sources familières des réseaux jihadistes, Ben Laden était très malade des reins, et devait recevoir une aide médicale lourde. Or sa villa n’accueillait aucun visiteur régulier, selon les voisins. Face aux enquêteurs, Amal Ahmed Abdulfattah, citée par la presse locale, aurait, elle, assuré que son mari, de 25 ans son aîné, n’était dernièrement « ni faible, ni fragile ». Au milieu de son potager d’Abbottabad, le chef d’Al-Qaïda se soignait selon elle « avec succès » avec ses propres remèdes naturels, « notamment la pastèque »." (La Tribune de Genève, 8/05/2011)

 

Certaines sources nous disent donc qu’il était très malade et était suivi par un médecin, d’autres qu’il allait plutôt bien, ne recevait personne et se soignait à la pastèque.

 

Sur les bienfaits de la pastèque, voir ici : "Durant l’été, la pastèque est le remède miracle des plus appropriés pour nettoyer les reins. Procéder à cette cure relève d’un jeu d’enfant. Chaque jour entre 5 et 7 heures de l’après-midi – lorsque l’activité de sécrétion d’urine de l’organisme est la plus intense – consommez autant de pastèque que vous le pouvez. Ensuite, installez-vous dans un bain de siège rempli d’eau chaude et restez-y jusqu’à ce que vous ayez envie d’aller aux toilettes. La pastèque est un excellent diurétique, tandis que l’eau chaude non seulement dilate les voies urinaires, mais favorise aussi le rejet de sable ou de petits calculs rénaux. Pendant l’hiver, on peut utiliser du thé diurétique, dont la recette figure quelques pages plus loin, au chapitre des recommandations de cures à base de plantes médicinales."

 

MSNBC du 6 mai 2011 nous décrit le contenu de l’armoire à pharmacie de la maison de Ben Laden : aucun médicament n’indique que quiconque dans la demeure ne souffrait de problèmes rénaux : "The medications provide some insight into ailments of the people living at the compound, but show no evidence of serious health conditions, such as the kidney failure rumored to afflict bin Laden." Rien qui n’indique même un quelconque traitement chronique : "“Quite honestly, there’s nothing here that indicates a long-term, chronic condition,” Reilly said." Certains médicaments retrouvés sont même incompatibles avec une insuffisance rénale : "Natrilix, a drug used to treat high blood pressure and congestive heart failure, also was on the list. Notably, that drug should not be used by people with kidney failure, Reilly said."

 

Le Daily News du 8 mai 2011 consacre un article précisément à la question de la dialyse ; selon cet article, Ben Laden n’avait pas besoin de dialyse, contrairement à ce qui a longtemps été cru par la communauté du renseignement (ou par Musharraf qui affirmait que Ben Laden avait besoin de deux machines à dialyse pour voyager), il avait été opéré à deux reprises il y a une dizaine d’année, il se portait depuis très bien et était un adepte de la médecine naturelle (en particulier des pastèques) ; on nous apporte un élément nouveau quant à l’origine des problèmes rénaux de Ben Laden : contrairement à ce qu’affirme Richard Labévière, qui parle d’éclats d’obus reçus en 1985, on nous parle ici d’une tentative d’assassinat par empoisonnement en 1999 par les Saoudiens, qui aurait eu comme conséquence d’endommager les reins de Ben Laden :

 

"Osama Bin Laden wasn’t on kidney dialysis - but he did need an herbal impotence drug.

 

"He believed in his own medication," said his youngest widow, Amal al-Sadeh, who was shot in the leg when SEALs burst into their bedroom and killed the terror leader.

 

The health of the shadowy terror leader had long been a bone of contention in intelligence circles.

 

Now evidence from the medicine cabinet in Bin Laden’s hideout and quotes from one of his six wives paint a picture of a 54-year-old devotee of natural remedies who was in much better shape than previously thought.

 

"He was neither weak nor frail," Sadeh, 29, told Pakistani investigators, according to the Dawn newspaper in Karachi, Pakistan.

 

NBC News obtained a list of medications found in Bin Laden’s compound and none are used to treat long-term chronic illness.

 

Instead, the Pakistanis found drugs to treat shingles, ulcers, nerve pain, high blood pressure, common children’s ailments - and Avena syrup, an extract of wild oats that is marketed as a natural "Viagra."

 

A Yemeni who was just 17 when she was wed to a middle-aged Bin Laden, Sadeh said the 9/11 mastermind had recovered fully from two kidney surgeries a decade ago, Dawn reported.

 

Back in 1999, the Saudis reportedly hired an assassin to poison Bin Laden, and the toxin gave him kidney failure.

For years, there have been persistent reports that he was on the brink of death.

 

In January 2002, then-Pakistani President Pervez Musharraf told CNN that Bin Laden had probably already died of kidney failure, and that he needed to travel with two dialysis machines.

 

But Bin Laden’s wife said he needed no dialysis. Instead, she said, he cured himself with his own regimen, which included watermelons."

 

Autre source abordant la question : le Denver Post du 4 mai 2011, qui évoque l’hypothèse de la dialyse péritonéale, pouvant être effectuée à domicile.

 

Tout reste donc à éclaircir entre ces versions contradictoires. Il conviendra de réinterroger tous ceux qui ont affirmé - catégoriquement - que Ben Laden était sous dialyse pour leur demander d’évaluer ces nouvelles informations.

Présentation

Texte libre

Rédacteur Agoravox

 

Léo Ferré

 

Les Anarchistes

 

 

La Mémoire et la Mer

 

 

Jean Ferrat

 

L'Embellie

 

 

Potemkine

 

 

L'Amour est Cerise

 

 

Monica-Bellucci-36.jpg

 

Raretés et pépites
1989-1990

 


1988-1995
 



PUBlicitÉ
 

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Recherche

W3C

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés