11-Septembre : un naufrage médiatique

Publié le par Taïké Eilée

Le 11-Septembre n’est pas seulement un terrible attentat terroriste. C’est aussi un naufrage médiatique. Deux principaux griefs peuvent en effet être adressés aux grands médias : d’abord, leur tendance à occulter les remises en question sérieuses de la version bushiste des attentats, pour faire leurs choux gras de polémiques "people" très secondaires, en n’hésitant pas d’ailleurs à mener de véritables procès en sorcellerie contre les sceptiques ; ensuite - et surtout -, leur incohérence lorsqu’ils défendent machinalement l’histoire officielle et descendent tout aussi machinalement ceux qui s’en éloignent, alors même que la plupart des informations contredisant cette version émanent de leurs propres colonnes !

Une hiérarchie de l’information inversée


Le 29 février 2008, le site Marianne2 exhumait une vidéo vieille d’un an, où l’on entendait l’actrice française - nouvellement oscarisée - Marion Cotillard dire qu’elle croyait "plutôt" aux théories du complot, notamment sur le 11-Septembre. Une déclaration d’une poignée de secondes, faite à deux heures du matin dans les catacombes parisiennes, lors d’une interview à bâtons rompus. Presque tous les journaux diffusèrent cette "information". Marianne2 consacra même quatre articles (1-2-3-4) à cette pseudo-affaire ! En revanche, aucun grand média français ne relaya l’intervention au parlement japonais, le 11 janvier 2008, du député et membre du Parti démocrate Yukihisa Fujita, où il exprimait ses doutes sur le 11-Septembre et la "guerre contre le terrorisme". Une intervention surréaliste (à voir absolument !) d’une trentaine de minutes, photos du World Trade Center 7 et du Pentagone à l’appui, dans le deuxième pays le plus puissant du monde (économiquement), et allié des États-Unis. Pas un mot non plus de la projection du film Zéro enquête sur le 11-Septembre de l’eurodéputé italien Giulietto Chiesa, le 26 février 2008, dans l’enceinte même du Parlement européen à Bruxelles.


Pas un mot non plus de la révélation ou du lapsus (on ne sait) de Benazir Bhutto, deux mois avant sa mort, lorsqu’elle déclarait qu’Oussama Ben Laden avait été assassiné par Omar Sheikh, un homme lié aux services secrets pakistanais, et emprisonné depuis février 2002 pour son implication dans le meurtre du journaliste Daniel Pearl. Giulietto Chiesa en aura averti le public italien lors d’une émission de télévision sur la Rai (21e minute) en janvier 2008. Mais en France... on préfère discourir sur le "dérapage" de Marion Cotillard... qui parvient donc à éclipser l’ancien Premier ministre du Pakistan.


Formation qualifiante pour parler du 11/9 : Hollywood ou CIA ?


L’avis d’Éric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, compte également bien peu. Personne n’aura, en effet, jugé utile de relever son point de vue sur le 11-Septembre, qu’il confia en septembre 2004 au journaliste Bruno Fay : "Bush, dès le début, n’a pas pris conscience du danger [terroriste]. Soit parce qu’il est complètement passé à côté, soit, et je crois à cette théorie du complot, parce qu’ils voulaient absolument aller en Irak pour le pétrole." Quant à des vétérans de la CIA, quelle idée saugrenue aurait-on de vouloir rendre publiques leurs opinions "décalées" ? L’hypothèse du laisser-faire américain apparaît pourtant vraisemblable à Raymond McGovern, William Christison, Robert Baer ou encore Robert Steele ; ce dernier déclara : "Je suis obligé de conclure qu’on a au minimum laissé se produire le 11/9 pour avoir un prétexte à la guerre." Quelle que soit la justesse de leurs vues, ne devraient-elles pas davantage mobiliser la presse que le sentiment, plus ou moins étayé, d’une actrice de cinéma ? D’autant que ces anciens agents américains semblent tout à fait disposés à parler ; leurs déclarations sont réfléchies, pesées, elles n’ont pas été lancées imprudemment au cours d’une conversation qui portait sur tout autre chose, avant d’être récupérées sur le web par de petits Torquemada vicieux, dont tout le plaisir semble résider dans la dénonciation de l’hérétique, en vue de son châtiment public.

 

N’aurait-il pas été également utile de nous informer de cette initiative prise le 13 septembre 2004 par vingt-cinq vétérans de la CIA, du FBI, de la DIA, de la FAA et des douanes, d’écrire une lettre au Congrès pour se plaindre des nombreuses failles et omissions du rapport de la Commission d’enquête sur le 11-Septembre - paru le 22 juillet 2004 - et proposer leur aide dans la perspective d’une nouvelle enquête ? Épisode probablement insignifiant...

 

De la désinformation jusque dans le "people"

 

Cet étrange traitement de l’actualité du 11-Septembre semble être le symptôme de la "pipolisation" croissante de l’information : l’avis d’une star de cinéma sur une question géopolitique intéresse davantage la presse que celui d’un parlementaire ou d’un expert en renseignement. Sans doute parce qu’on imagine que le premier attirera davantage le public (qu’on suppose friand d’information spectacle et frivole) que le second, forcément plus élaboré et difficile à suivre. Surtout, l’avis d’une jeune actrice est plus facile à ridiculiser que celui d’un politicien expérimenté ou d’un vieux loup des services secrets ; les médias - français en particulier - ayant pris le parti, semble-t-il, de ne traiter les remises en cause de la version bushiste du 11-Septembre que sous l’angle de la dérision, de la caricature et de l’insulte. Cotillard s’est ainsi vue traiter de "cruche", de "conne", et les idées qu’elle défendait - avant de se rétracter sous la pression - de "négationnistes" et de "cancer", dixit Bénédicte Charles (voir à 5min20) et Philippe Cohen (voir à 7min40), respectivement journaliste et rédacteur en chef de Marianne2. Dans cette logique de "pipolisation" de l’information (où le pire reste sans doute à venir), on attend en frémissant le nouveau scandale qui émanera des analyses géostratégiques de Steevy, Jean-Pascal ou Eve Angeli...

 

Notons au passage, dans ce registre très secondaire du "people", le vilain mensonge (ou la simple contrevérité) proféré par Timothy Gray, rédacteur en chef au Daily Variety, dans l’émission de Canal+ L’Édition spéciale du 4 mars 2008, lorsqu’il lança, très sûr de lui : "Je ne trouve pas un autre acteur qui aurait pu dire : "En fait le 11-Septembre c’est une arnaque !" Aucun acteur n’a jamais dit ça." Ce journaliste, qui doit sans doute puiser ses informations dans le Journal de Mickey, et que Didier Allouch, le correspondant de la chaîne cryptée à Hollywood, n’a pas été capable de reprendre, devrait pourtant savoir qu’une bonne centaine de personnalités du monde artistique et du spectacle, dont des acteurs, des réalisateurs, des chanteurs, des journalistes, des écrivains, ont affiché leurs doutes sur cette question, réclamant parfois la reprise de l’enquête ; parmi les plus célèbres, citons Sharon Stone, Charlie Sheen, Martin Sheen, David Lynch, Juliette Binoche, Ed Asner, Woody Harrelson (pour les acteurs et réalisateurs) ; Willie Nelson, Eminem, Matthew Bellamy (pour les chanteurs) ; Lou Dobbs, Robert Fisk (pour les journalistes) ; John Gray, Gore Vidal, Dario Fo - Prix Nobel de Littérature 1997, Ralph Nader (pour les écrivains). Marion Cotillard n’est donc pas vraiment ce qu’on peut appeler un cas isolé.

 

De l’art d’éviter les vrais experts et de caricaturer l’adversaire

 

On se souvient du même type de polémique qui avait touché Christine Boutin, suite à l’exhumation, par le site Prochoix de Caroline Fourest et Fiammetta Venner, d’un autre cadavre numérique. Le 19 juin 2007, une interview réalisée chez Karl Zéro en novembre 2006 revenait à la surface du web, provoquant un véritable tollé : celle qui n’était pas encore ministre de la Ville et du Logement de Nicolas Sarkozy y déclarait qu’il lui semblait "possible" que George W. Bush soit derrière les attentats du 11-Septembre. Elle répondait alors à une question d’Atmoh, responsable du site ReOpen911, qui milite pour la réouverture d’une enquête internationale sur les attentats (comme les vingt-cinq agents américains cités plus haut). Les réactions de la presse unanime n’ont pas tardé : les propos de Boutin furent jugés scandaleux, irresponsables, extrêmement choquants, et le journaliste Mohamed Sifaoui appela même à la démission de la ministre, qui se faisait, d’après lui, la complice involontaire des islamistes et des terroristes.

 

Dans le cas de Boutin, nous avons, certes, l’avis d’une parlementaire, mais qui ne semble pas connaître de près le dossier. Sur le site Patriots Question 9/11, on trouve quelques centaines d’experts (politiques, militaires haut gradés, vétérans du renseignement, universitaires), majoritairement américains, qui paraissent maîtriser sensiblement mieux le sujet. Mais d’eux, on ne parle guère. Peut-être parce qu’ils ne collent pas avec l’idée préconçue et étriquée que la presse s’est, en général, faite de ceux qu’elle nomme "les conspirationnistes", et qui ne sont parfois, et même bien souvent, que des sceptiques ; ainsi, selon Le Nouvel Observateur, "aux Etats-Unis", ce sont "les milieux ultraconservateurs de la droite religieuse" qui "avaient développé des thèses conspirationnistes à la suite des attentats du 11-Septembre 2001." Et d’ajouter, très perspicace : "Christine Boutin, députée des Yvelines, est connue pour son engagement très catholique" ; tout s’explique... Mais, selon Marianne2, "le propos de Marion Cotillard est significatif d’une forme de dérive qui affecte les rangs de la gauche depuis quelques années"... On s’y perd un peu. De gauche ? De droite ? Ultraconservateurs ? Altermondialistes forcenés ? Libération réalise la synthèse en parlant de "militants d’extrême gauche et d’extrême droite [qui] se retrouvent au coude à coude avec les islamistes".

 

Pyrrhon bientôt mis à l’index ?

 

En tout cas, les sceptiques sont souvent assimilés par la presse à des membres d’une secte ; ainsi, Marianne2, qui ne fait pas dans la nuance, les qualifie en bloc d’"adeptes de Thierry Meyssan". On aurait donc affaire à un groupe homogène d’individus, pensant exactement la même chose, et soumis à un gourou ou maître à penser. Dans l’Antiquité, il y avait certes la secte (dans un sens non péjoratif) des sceptiques ; c’étaient les disciples de Pyrrhon, dont Victor Brochard nous rappelle comment ils aimaient à se dénommer : "Les disciples de Pyrrhon se donnent le nom de zététiques parce qu’ils cherchent toujours la vérité ; de sceptiques, parce qu’ils examinent toujours sans jamais trouver ; d’éphectiques, parce qu’ils suspendent toujours leur jugement ; d’aporétiques, parce qu’ils sont toujours incertains, n’ayant pas trouvé la vérité." Les sceptiques du 11-Septembre diffèrent des Anciens en ce qu’ils ne désespèrent pas de trouver la vérité. Parfois même, reconnaissons-le, ils croient l’avoir trouvée plus ou moins. La diversité d’opinion existe bien évidemment chez eux, comme dans n’importe quel groupe, surtout lorsqu’il comporte plusieurs millions d’individus.

 

Mais la presse a - trop souvent - ce fâcheux défaut de simplifier, pouvant aller jusqu’à la diffamation pure et simple. En témoigne cet article caricatural du Monde Diplomatique de décembre 2006, qui pare les sceptiques de toutes sortes de noms très respectueux et tempérés (n’est-ce pas ?) : "occultisme", "hébétement", "ratiocinations interminables", "théorie du complot", "instinctivement", "animosité", "vide théorique et stratégique", "fariboles", "absurdité", "adeptes du complot", "foi absolue", "postulat raciste", "fantasme", "infantilisme", "illuminé", "obsessions", "régression de la conscience". Mon Dieu ! mais qu’attendez-vous pour aller chercher la camisole de force ? On se demande si, dans ces mots, on nous parle encore d’hommes et de femmes, ou bien plutôt de bêtes sauvages, ou de mutants dégénérés tout droit sortis d’un livre de Stephen King ! Ce portrait tracé à grands traits du sceptique post-11-Septembre, auquel on peut rajouter l’épithète "porteur d’un cancer mental" (en hommage à Bénédicte Charles et Philippe Cohen), a de quoi faire réfléchir à deux fois avant de faire part de ses penchants philosophiques...

 

L’accusation de "révisionnisme" est la plus récurrente et la pire, comme nous l’explique, certes dans un autre contexte, Serge Halimi, journaliste au Monde diplomatique  ; en octobre 2000, il avait très vivement et intelligemment réagi, dans la revue Syndikat, aux attaques dont il faisait l’objet suite à la sortie de son livre L’Opinion, ça se travaille, sur la guerre au Kosovo. Voici un bref extrait de son interview :

 

"Votre éditeur écrit : « Le recours à l’accusation de révisionnisme, la référence à la Shoah deviennent l’outil principal du discrédit, le dernier moyen inventé par les dominants pour museler les critiques ». [...] Qu’en pensez-vous ?

 

Serge Halimi : Dans le cas du Kosovo, il s’est produit quelque chose de très inquiétant : une fois qu’un certain nombre de journalistes (peu nombreux) ont voulu établir la matérialité des faits, donc rétablir la vérité, expliquer que, contrairement à ce qu’on nous disait il y a un an, il existait un certain nombre d’éléments d’information qui nous obligeaient à adopter un nouveau regard sur les événements que nous vivions, eh bien, au lieu d’accueillir cette démarche professionnelle avec allégresse, en disant « Après tout, enquêter est le propre du travail du journaliste, de la responsabilité de l’intellectuel », on a présenté cette volonté de réviser les faits à la lumière de ce qu’on avait appris comme la marque d’un « révisionnisme », terme très chargé puisqu’il est associé à la démarche de ceux qui prétendent nier la réalité du judéocide nazi en prétendant qu’il n’a jamais existé. Or, c’est le travail de l’historien, du journaliste, de l’universitaire, de « réviser » les faits à mesure que s’améliore la connaissance de ces faits. En opérant un glissement délibéré et indigne sur le terme de « révisionnisme », on a essayé de nous interdire de revenir sur ce qu’on savait de la guerre du Kosovo, quels étaient les vrais chiffres, quelle était la réalité, et dans quelles conditions l’opération s’était réellement déroulée. Dès que le mot « révisionniste » a été employé, on a cherché à faire croire que nous étions des « faurissonniens » (du nom de cet ancien universitaire qui a nié le génocide), donc proches de l’extrême droite. Ce procédé, auquel se sont prêtés un certain nombre de médias considérés comme respectables, est proprement répugnant. Il devrait disqualifier définitivement les malheureux qui s’y sont livrés. Le travail de journaliste, notre travail, c’est de réviser en permanence un certain nombre de notions tenues pour exactes à la lumière d’enquêtes qui nous permettent tantôt de les confirmer, tantôt de les nuancer, tantôt de les contredire."

 

L’anti-philosophe

 

Leçon élémentaire, mais que tous n’ont pas retenue quelques années plus tard... à commencer par Robert Redeker, consternant de bêtise dans Le Monde du 29 mars 2008 (cf. la critique de Paul Villach), qui se croit obligé de revenir sur les propos de Marion Cotillard, et veut à tout prix nous livrer son analyse du discours "conspirationniste" ; le voici donc qui fustige un "usage dément du principe du doute", consistant à ne "rien croire de ce qui nous est dit" et à "[postuler] que la vérité est l’exact contraire de la vérité affirmée et attestée", et en lequel il "reconnaît la logique négationniste". Tout cela est beau. Mais de qui parle Robert Redeker ? Qui donc se dresse systématiquement contre toutes les vérités établies pour en prendre l’exact contre-pied ? Quel est ce malade mental dont il nous entretient ? Daignerait-il nous le dire ? Est-ce la seule Marion Cotillard qu’il vise ? A-t-il donc passé de longues heures en sa compagnie pour sonder son âme, avant de se permettre une attaque aussi violente ? Ou alors, parle-t-il d’un groupe ? Est-ce à dire qu’il ait commis une étude sociologique poussée sur ce groupe ? Et pourrait-il nous en faire profiter ? La vérité, c’est que Robert Redeker se bat contre une idée, l’Idée platonicienne du Conspirationniste qu’il s’est forgée, l’être pur et idéal, archétypal, qu’il a imaginé. Redeker parle de l’idée de "conspirationnisme", et quiconque peut et doit même l’applaudir des deux mains pour sa description si juste de cette idée pure qu’il contemple et qu’il craint... Il a raison Robert : le "conspirationnisme", tel qu’il le décrit, c’est mal, c’est dangereux. L’ennui, c’est qu’il ne décrit personne de concret, et j’imagine que le fou dont il nous parle (car c’est un fou ! un type qui doute de tout et croit à tous les coups l’exact contraire de la vérité établie) n’existe pas, Dieu merci, sauf cas clinique rare...

 

Robert Redeker ne fait, en définitive, que reprendre à son compte la piteuse démarche que la plupart des journaux français ont employée pour traiter des remises en cause de la version officielle du 11-Septembre : amalgame de tous les sceptiques (alors qu’on attendrait précisément d’un philosophe de la nuance, de la finesse), négation de leurs différences, de leurs identités spécifiques - de leur humanité même : être homme, c’est en effet être unique et reconnu comme unique, pas assimilé à une chose interchangeable, un numéro indifférent dans une série ; puis construction d’un idéal-type du "conspirationniste" ; étude dans le vide de la psychologie de ce fantôme et des théories qu’il brode ; et, au final, oubli systématique du réel, de la réalité du 11-Septembre, des faits problématiques que les journalistes, lorsqu’ils font consciencieusement leur travail, ont rapportés (et que Redeker - mais les connaît-il ? - qualifie de "détails insignifiants")  ; et, par un irrépressible besoin dont on ne perçoit pas la cause, sinon dans la vanité, écriture d’un papier caricatural, haineux, qui énerve tout le monde, réjouit certes les imbéciles, exacerbe les tensions, au lieu d’œuvrer à une bonne compréhension entre des êtres qui ont des points de vue - heureusement ! - différents.

 

Redeker franchit même la ligne rouge : "La négation du caractère terroriste des événements du 11-Septembre voit les juifs (appelés Américano-sionistes) derrière la manipulation. Nier l’événement du 11-Septembre, c’est affirmer la culpabilité américano-sioniste. [...] Les versions contemporaines de la "théorie du complot" se coulent dans une matrice : Les Protocoles des sages de Sion." Serge Halimi a déjà apporté la meilleure des réponses à tous ceux qui usent et abusent du négationnisme et de l’antisémitisme comme moyens terroristes pour museler l’adversaire : "Ce procédé [...] est proprement répugnant. Il devrait disqualifier définitivement les malheureux qui s’y sont livrés." Prose répugnante. Tout est dit. Par ailleurs, on serait curieux de savoir qui nie le caractère terroriste du 11-Septembre... Quel groupe significatif ? Là encore, on baigne en plein délire, en plein fantasme. Robert Redeker s’indigne de ce que certains verraient (de manière encore incroyablement simpliste) "les juifs derrière la manipulation" ; on aimerait lui demander s’il s’indigne de la même manière quand certains grands journaux mettent en cause l’Arabie saoudite ou le Pakistan. Est-ce "conspirationniste" ou non d’accuser ces deux pays ? Ou n’y a-t-il "conspirationnisme" que si l’on affirme "la culpabilité américano-sioniste"  ? Enfin, Redeker peut-il comprendre que l’on puisse vouloir réviser ou amender l’Histoire (au vu d’un certain nombre d’informations rapportées), sans avoir de théorie (globale) à défendre ? En n’étant pas un dogmatique qui se cache derrière un faux scepticisme ? En n’ayant aucun coupable tout trouvé à dénoncer ? Est-ce seulement concevable pour lui ?

 

L’opinion publique instrumentalisée

 

La dénonciation du "révisionnisme" post-11-Septembre ne recule devant aucun procédé ; Marianne2 se réfugie ainsi derrière l’opinion des Américains, dont on nous dit qu’ils sont "assez peu portés à la plaisanterie sur le 11-Septembre", voulant sans doute dire par là qu’ils ne supportent pas qu’on remette en question la version des attentats avancée par l’administration Bush. Pourtant, selon une enquête de l’institut Zogby du 17 mai 2006, 45 % d’entre eux estiment qu’il faut réenquêter sur le 11-Septembre, et 55 % jugent négativement le traitement des attentats par les médias. Ne plaisantons pas, en effet... D’après un autre sondage de l’institut Zogby du 6 septembre 2007, 51 % des Américains veulent une enquête du Congrès sur les actes du président Bush et de son vice-président Cheney avant, pendant et après les attentats. Un autre sondage a été réalisé par le New York Times et CBS News, du 5 au 8 octobre 2006, sur la bonne foi de l’administration Bush lorsqu’elle affirme qu’elle ne s’attendait pas aux attaques du 11-Septembre. Résultats : 53 % des Américains pensent qu’elle cache quelque chose, 28 % qu’elle ment (+ 20 % par rapport à un précédent sondage de mai 2002) ; seuls 16 % pensent qu’elle dit la vérité. Les Américains "assez peu portés à la plaisanterie" dont parle Marianne2 seraient-ils ces 16 % restants ? Près de la moitié, sans virer dans la "conspirationnite" aiguë, aspirent à de l’information de meilleure qualité, à l’image du célèbre et très réputé grand reporter anglais Robert Fisk : "Je suis de plus en plus troublé par les inconsistances dans la version officielle du 11-Septembre", écrivait-il le 25 août 2007 dans l’Independent, reprenant à son compte nombre des arguments techniques avancés par les sceptiques, et que la presse, en général, exècre.


***

 

La critique - sévère - des médias qui précède doit être tempérée. Elle doit être tempérée par un hommage rendu aux journalistes du monde entier qui ont fait correctement leur métier dans cette affaire, c’est-à-dire qui ont préféré rapporter des faits et nous informer véritablement, plutôt que nous ennuyer avec leurs billets d’humeur, dans ce jeu si facile et si vain du commentaire général, schématique et abstrait, qui prend toujours bien soin d’éviter le réel. Car ils existent bien, ces journalistes, souvent américains, mais aussi britanniques, indiens, allemands, israéliens, parfois français, qui ont écrit l’info brute, dure comme le roc - pas évanescente comme une analyse psychologisante à la Redeker -, quitte à contredire une histoire trop prématurément figée dans le marbre. Ces journalistes et les informations qu’ils ont publiées, ici ou là, de façon éparpillée et peu visible, ont été assez naturellement oubliés. Par le plus grand nombre en tout cas. Internet et ses journalistes citoyens (on peut aussi les appeler, plus humblement, ses veilleurs) ont rendu possible le retour à la surface de ces informations gênantes sur le 11-Septembre, qui ne collent pas avec l’histoire communément admise. Des informations collectées qui n’ont pas pour but, précisons-le, du moins est-ce mon point de vue, de démontrer une théorie déjà ficelée... et d’accuser un coupable désigné a priori... de préférence américain ou juif (pour reprendre les coupables "obligés" dont parle Robert Redeker). Non, ces informations ont tout bêtement pour but de nous rapprocher de la réalité, complexe et récalcitrante (qui ne veut pas se donner toute seule), sans que nous n’ayons déjà la moindre idée certaine de ce qu’est cette réalité. Lee Hamilton lui-même, vice-président de la Commission d’enquête, a reconnu en 2006 que son rapport n’était qu’une "première version de l’histoire" du 11-Septembre, et prédit que "les gens enquêteront sur le 11/9 durant les cent prochaines années", et "découvriront des choses que [la Commission] a manquées." Certains, comme on le voit, n’hésitent pas à se montrer plus royalistes que le roi...

 

La mise en évidence du paradoxe médiatique, consistant pour les médias à accepter sans broncher et à relayer une histoire que leurs propres journalistes ont contribué à dynamiter, fera l’objet du second volet de cet article. Il sera intitulé : 11-Septembre : un sauvetage numérique ?

 

Voici, pour patienter, une petite allégorie marine :

 

Le galion Médias avait ses cales pleines de lourdes informations, et même de quelques caisses explosives. Insensiblement, il prit l’eau et sombra dans la mer. Ses cargaisons se déversèrent dans l’immensité et allèrent se terrer dans les fonds marins. Une poignée de pirates, désolés de cette perte, revêtirent leur scaphandre pour aller explorer les trésors perdus. Ils les remontèrent généreusement pour les rendre à leurs propriétaires, qui n’en voulurent point. Troublés par ce manque de reconnaissance, ils édifièrent sur leur terra incognita redoutée, appelée Net, un objet monstrueux fait de tous les trésors récoltés, qui effraie les rescapés du galion Médias lorsqu’ils le croisent, et leur fait immanquablement détourner le regard.

Publié
sur AgoraVox

Publié dans 11 septembre

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